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ISBN: 9782070437788
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Le lièvre de Patagonie

de : Lanzmann Claude

11.90 

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Rencontre avec l'auteur
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    1925
    Claude Lanzmann, né le 27 novembre 1925 à Bois-Colombes, est un journaliste, écrivain et cinéasteproducteur de cinéma français. À partir de 1943, à l'âge de 18 ans, il s'engage dans la Résistance à Clermont-Ferrand puis dans les maquis d'Auvergne. Compagnon de Simone de Beauvoir entre 1952 et 1959, il lui succède en 1986 comme directeur de la revue Les Temps modernes, à laquelle il collaborait depuis les années cinquante. En 1963, il épouse la comédienne Judith Magre. Puis, il a épousé, en 1971, la romancière allemande Angelika Schrobsdorff, puis en 1995 il épouse Dominique Petithory. Il a des enfants dont : Angélique Lanzmann, née en 1950, et Félix Lanzmann, né en 1993, jeune normalien, brutalement décédé à 23 ans, après un dur combat de deux années contre une "terrible maladie", annoncé le mardi 17 janvier 20171. Il est le réalisateur de Shoah, film documentaire de neuf heures et demie consacré à l’extermination des juifs d'Europe dans les camps nazis, qui fut diffusé pour la première fois en 1985. Claude Lanzmann, "cas si classique" de juif laïc / athée, est en fort lien à sa culture d'origine et selon ses propres termes « viscéralement attaché à Israël ». Source : Wikipédia
    Aperçu général

    Collection Folio (n° 5113), Gallimard

    «Quand venait l’heure de nous coucher et de nous mettre en pyjama, notre père restait près de nous et nous apprenait à disposer nos vêtements dans l’ordre très exact du rhabillage. Il nous avertissait, nous savions que la cloche de la porte extérieure nous réveillerait en plein sommeil et que nous aurions à fuir, comme si la Gestapo surgissait. “Votre temps sera chronométré”, disait-il, nous ne prîmes pas très longtemps la chose pour un jeu. C’était une cloche au timbre puissant et clair, actionnée par une chaîne. Et soudain, cet inoubliable carillon impérieux de l’aube, les allers-retours du battant de la cloche sur ses parois marquant sans équivoque qu’on ne sonnait pas dans l’attente polie d’une ouverture, mais pour annoncer une brutale effraction. Sursaut du réveil, l’un de nous secouait notre petite sœur lourdement endormie, nous nous vêtions dans le noir, à grande vitesse, avec des gestes de plus en plus mécanisés au fil des progrès de l’entraînement, dévalions les deux étages, sans un bruit et dans l’obscurité totale, ouvrions comme par magie la porte de la cour et foncions vers la lisière du jardin, écartions les branchages, les remettions en place après nous être glissés l’un derrière l’autre dans la protectrice anfractuosité, et attendions souffle perdu, hors d’haleine. Nous l’attendions, nous le guettions, il était lent ou rapide, cela dépendait, il faisait semblant de nous chercher et nous trouvait sans jamais faillir. À travers les branchages, nous apercevions ses bottes de SS et nous entendions sa voix angoissée de père juif : “Vous avez bougé, vous avez fait du bruit. – Non, Papa, c’est une branche qui a craqué. – Vous avez parlé, je vous ai entendus, ils vous auraient découverts.” Cela continuait jusqu’à ce qu’il nous dise de sortir. Il ne jouait pas. Il jouait les SS et leurs chiens.»

    Écrits dans une prose magnifique et puissante, les Mémoires de l’auteur de la Shoah disent toute la liberté et l’horreur du XXe siècle, faisant du Lièvre de Patagonie un livre unique qui allie la pensée, la passion, la joie, la jeunesse, l’humour, le tragique.

    (Note des Éditions Gallimard)

    Détails

    ISBN: 9782070437788
    Éditeur: Folio – Gallimard
    Date de publication: 2009
    Nombre de pages: 768

    Press reviews:

    LE MONDE DES LIVRES | 20.03.2009 à 11h17 | Par Josyane Savigneau"Le Lièvre de Patagonie", de Claude Lanzmann : Claude Lanzmann sur tous les fronts Dans un livre multiple, le cinéaste et écrivain revient avec une acuité remarquable sur ses voyages, ses rencontres et ses combats.Quand on prononce le mot monument, on voit immédiatement quelque chose d'imposant, de grandiose et de figé. Mais Claude Lanzmann, homme de paradoxes, a fait de ce livre de Mémoires - mot qu'il récuse, avec raison - un monument en mouvement. Il est fou de la vie, comme cet animal qu'il aime, le lièvre - d'où le titre, Le Lièvre de Patagonie. Le lièvre qui parvenait à s'enfuir des camps de concentration en passant sous les barbelés ; celui qui, en Patagonie, a traversé la route comme un bolide, au mépris de la voiture de Lanzmann arrivant à grande vitesse ; celui qui ne sera jamais rattrapé par la tortue. "Je ne suis ni blasé ni fatigué du monde, écrit Lanzmann, cent vies, je le sais, ne me lasseraient pas." Cent vies, il les a eues (lire son portrait par Serge July dans Le Monde 2 du 7 mars), et, à 83 ans, il s'en souvient avec une acuité magistrale. Tous ceux qui s'intéressent à l'histoire intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle, à Sartre et Beauvoir particulièrement, savaient qu'ils seraient enthousiasmés par le récit de Claude Lanzmann. Par son contenu, même si le livre n'était pas, en soi, un grand livre. Mais, bonheur supplémentaire, Le Lièvre de Patagonie est un très grand livre. Par sa construction, qui bouscule avec subtilité la chronologie, par la précision de la narration, par le style, qui exige de lire ligne à ligne ce long texte rassemblant plusieurs livres : celui d'un aventurier de la vie, celui d'un combattant, d'un guerrier, d'un partisan, celui d'un amoureux, celui d'un cinéaste singulier. Et celui, qui les unit tous, d'un écrivain. "FONCER AU LARGE" Les récits de voyage sont de petites merveilles. La découverte d'Israël en 1952, un séjour en Corée et une idylle improbable avec une infirmière dans un pays totalement verrouillé, les mois passés à Berlin, la Chine, l'Algérie et la haute figure de Frantz Fanon, tant d'autres pays encore, pour ce voyageur infatigable. A 18 ans, à Clermont-Ferrand, Claude Lanzmann entre dans la Résistance, transporte des armes avec la jeune et séduisante Hélène, fait l'expérience de la violence, de la lâcheté - d'un camarade - et de son tempérament de guerrier. Il n'a pas peur de mettre son corps en danger - ce qui ne signifie pas qu'il n'a jamais peur. Il fait du planeur, apprend à piloter, aime la montagne, et nager : "Foncer au large, perpendiculairement à la côte, ne pas la longer, a toujours été ma façon de faire." Un jour, en Israël, il a failli ne pas revenir et se noyer, à l'endroit même où, le dimanche précédent, l'ambassadeur d'Angleterre en Israël avait péri. Mais, une fois de plus, la mort n'a pas voulu de lui. Parallèlement à ce roman d'aventures se déploie, dans Le Lièvre de Patagonie, une histoire plus intime. Et Lanzmann a le talent des portraits. Ceux des témoins de son enfance, sa mère, son père - vite séparés -, son beau-père et sa belle-mère. La mère qui "avait fait honte à l'enfant conformiste que j'étais. Son bégaiement terrible, intraitable, inexpugnable, (...) ses colères qui faisaient rouler dans leurs orbites ses beaux grands yeux". D'autres femmes aussi : sa soeur très aimée, Evelyne, belle actrice, malheureuse en amour, qui s'est suicidée ; celles qu'il a épousées, dont Judith Magre ; celles qu'il a séduites, et rapidement aimées, lui qui affirme : "Je hais profondément, de tout mon être, les figures obligées de la roucoulade, temps perdu, paroles convenues (...) et aujourd'hui je vais droit, comme dirait Husserl, à "la chose même"." "ENCORE PLUS FOLLE QUE MOI" Dans Le Lièvre de Patagonie, ce qu'on pourrait appeler "le roman de Beauvoir" aura évidemment une place à part pour tous ceux qui aiment Simone de Beauvoir. Non que Sartre, cette "formidable machine à penser, bielles et pistons fabuleusement huilés", soit absent. Au contraire, on voit comment, avant même leur rencontre, son oeuvre a été fondatrice dans la formation intellectuelle du jeune Lanzmann. Quand Simone de Beauvoir, dite le Castor par ses proches, s'est liée avec Lanzmann, il avait 27 ans et elle 44. Il est le seul homme avec lequel elle ait cohabité. "La présence de Lanzmann auprès de moi me délivra de mon âge (...) car ma curiosité s'était beaucoup assagie", écrit-elle dans La Force des choses. Et lui : "Simone de Beauvoir était raisonnable, le Castor était encore plus folle que moi. C'est le Castor qui l'emporta." Expéditions en montagne trop dangereuses parce qu'ils sont mal équipés et frôlent l'accident fatal, passion de la corrida, curiosité insatiable. Quand on a lu Beauvoir, on la reconnaît à chaque page, illuminée par la tendresse avec laquelle Lanzmann évoque ses manies et ses angoisses. Sa frénésie de tout voir dans une ville, et de tout savoir, de tout raconter et reraconter, avec Lanzmann ce que lui a dit Sartre, avec Sartre ce que lui a dit Lanzmann... Jamais Simone de Beauvoir n'a été, de nouveau, aussi vivante. L'un des autres livres de ce texte pluriel est évidemment l'aventure extraordinaire de la réalisation de Shoah. Et ce moment essentiel où Lanzmann comprend que le sujet du film sera "la mort même, la mort et non pas la survie". La mort, qui est comme la scène inaugurale de ce récit puisque le premier chapitre commence ainsi : "La guillotine - plus généralement la peine capitale et les différents modes d'administration de la mort - aura été la grande affaire de ma vie." Pour parler de la mort comme le fait Lanzmann, pour réaliser Shoah, pour écrire Le Lièvre de Patagonie, il faut aimer la vie. La vraie vie. Passionnément.