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ISBN: 9782070106707

Le dernier des injustes

de : Lanzmann Claude

13.50 

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Rencontre avec l'auteur
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    1925
    Claude Lanzmann, né le 27 novembre 1925 à Bois-Colombes, est un journaliste, écrivain et cinéasteproducteur de cinéma français. À partir de 1943, à l'âge de 18 ans, il s'engage dans la Résistance à Clermont-Ferrand puis dans les maquis d'Auvergne. Compagnon de Simone de Beauvoir entre 1952 et 1959, il lui succède en 1986 comme directeur de la revue Les Temps modernes, à laquelle il collaborait depuis les années cinquante. En 1963, il épouse la comédienne Judith Magre. Puis, il a épousé, en 1971, la romancière allemande Angelika Schrobsdorff, puis en 1995 il épouse Dominique Petithory. Il a des enfants dont : Angélique Lanzmann, née en 1950, et Félix Lanzmann, né en 1993, jeune normalien, brutalement décédé à 23 ans, après un dur combat de deux années contre une "terrible maladie", annoncé le mardi 17 janvier 20171. Il est le réalisateur de Shoah, film documentaire de neuf heures et demie consacré à l’extermination des juifs d'Europe dans les camps nazis, qui fut diffusé pour la première fois en 1985. Claude Lanzmann, "cas si classique" de juif laïc / athée, est en fort lien à sa culture d'origine et selon ses propres termes « viscéralement attaché à Israël ». Source : Wikipédia
    Aperçu général

    CLAUDE LANZMANN
    Le dernier des injustes
    Hors série Connaissance, Gallimard
    Parution : 01-10-2015
    «Le dernier des injustes, qui a son origine dans le film du même nom, est le plus extraordinaire témoignage sur la genèse de la solution finale. Il permet de comprendre comment les nazis passent en deux ans de l’expulsion impitoyable des Juifs d’Autriche, de Tchécoslovaquie et d’Allemagne à la mort de masse dans les chambres à gaz. Benjamin Murmelstein est le personnage central de ce livre, témoin capital qui deviendra le président du Conseil juif du ghetto de Theresienstadt, créé par Eichmann pour faire croire au monde à la vie heureuse que voulait Hitler pour les Juifs qu’il allait assassiner.
    Rabbin de la communauté juive de Vienne, d’une mémoire et d’une intelligence hors normes, d’une immense culture, d’un caractère d’acier, d’une clairvoyance inouïe, jusqu’à deviner et déjouer les mesures atroces projetées par les nazis, Murmelstein dresse un portrait extraordinaire d’Eichmann, qu’il dut fréquenter pendant sept ans : pas du tout l’homme de la “banalité du mal”, comme l’a prétendu Hannah Arendt, mais un antisémite d’une cruauté sans frein, impitoyable et corrompu. En même temps, Murmelstein se livre à une critique féroce du procès d’Eichmann à Jérusalem, mal préparé, où on refusa de le convoquer et de l’entendre.
    Contraint par la force de coopérer avec les nazis, Murmelstein ne fut en rien un “collaborateur”, même si des détenus de Theresienstadt voulurent le faire passer pour tel. Jugé à sa demande par la justice tchèque, il fut acquitté de toutes les calomnies portées contre lui. Avec sa femme et son fils, il s’exila à Rome, sans avoir jamais connu Israël. À sa mort, en 1989, le rabbin de Rome refusa de l’inhumer et de dire pour lui le kaddish, la prière des morts.»
    Claude Lanzmann.
    (Note Éditions Gallimard)

    Détails

    ISBN: 9782070106707
    Éditeur: Éditions Gallimard
    Date de publication: 01-09-2015
    Nombre de pages: 144, 140 x 205 mm

    Press reviews:

    Le livre est la retranscription exacte du script du film de Claude Lanzmann "Le dernier des injustes". "Le Dernier des injustes" : Lanzmann, au cœur des ténèbres de la Shoah Le cinéaste rend justice à Benjamin Murmelstein, le dernier doyen des juifs du ghetto de Theresienstadt.LE MONDE | 12.11.2013 à 09h24 • Mis à jour le 28.02.2014 à 14h43 | Par Franck NouchiPeut-être, pour comprendre l'importance du Dernier des injustes, le nouveau film de Claude Lanzmann, faut-il partir du commencement, c'est-à-dire de Shoah – « un film inmaîtrisable », écrivait le cinéaste devenu écrivain dans Le Lièvre de Patagonie (Folio, Gallimard, 2009). Afin de lui garder toute sa cohérence, Lanzmann n'utilisa pas, tant s'en faut, tout le « matériel » dont il disposait. Composant une arborescence unique dans l'histoire du cinéma, outre Shoah (1985), quatre autres films sont nés de son tournage, lui aussi inmaîtrisable : Un vivant qui passe (1997), qui décrit la visite du Comité international de la Croix-Rouge à Theresienstadt en juin 1944 après l'action d'embellissement du ghetto mise en œuvre par un certain Benjamin Murmelstein ; Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), sur le meurtre d'officiers nazis par des déportés juifs, « exemple paradigmatique de la réappropriation de la force et de la violence par les juifs », dit Lanzmann) ; Le Rapport Karski (2010), du nom de ce résistant polonais témoin du ghetto de Varsovie, qui alerta les Alliés dès 1942, Roosevelt en particulier, du génocide perpétré contre les juifs ; Le Dernier des injustes, enfin.Cette aventure, on ne sait si Claude Lanzmann estime l'avoir achevée. Film après film, elle ne fait que confirmer ce qu'écrivait l'historien Pierre Vidal-Naquet : « La seule grande œuvre historique française sur le massacre, œuvre assurée de durer et, comme on dit, de rester, n'est pas un livre, mais un film, Shoah, de Claude Lanzmann. » Quatre films plus tard, on peut même affirmer que, mis à part La Destruction des juifs d'Europe, la somme de Raoul Hilberg (éd. Folio, 2010), l'œuvre de Claude Lanzmann n'a, mondialement parlant, aucun équivalent. AU CŒUR DES TÉNÈBRESLe Dernier des injustes est un film fondamental en ce qu'il interroge la capacité de l'homme à agir selon ce qu'il pense être son devoir, son éthique, en dépit d'évidentes et redoutables contradictions philosophiques ; un film sur le temps et la mémoire ; un véritable film de cinéma, enfin, qui rappelle que Lanzmann est, à sa manière, un cousin d'Hitchcock. Si Sobibor était un film hitchcockien par sa construction et sa propension au suspense, Le Dernier des injustes possède une dramaturgie intrinsèque qui rappelle des films comme La Loi du silence, Le Faux Coupable, ou encore, La Mort aux trousses : un homme se dit innocent du crime dont on l'accuse, comment réussira-t-il à se disculper ? Différence essentielle : ici, c'est Claude Lanzmann lui-même, réalisateur et « acteur », qui se charge d'innocenter Benjamin Murmelstein. De lui rendre justice. image. C'est en 1975, à Rome, que Lanzmann parvint, non sans difficultés, à rencontrer et à filmer Benjamin Murmelstein, le seul « doyen des juifs » à ne pas avoir été tué durant la guerre. Dans les ghettos, ces « doyens », nommés à la tête des « conseils juifs » (Judenrat), étaient chargés d'encadrer administrativement l'horreur organisée par les nazis et de désigner ceux qui partaient vers les camps. En découvrant ce long entretien en langue allemande, en observant ce corps à la fois massif et rondouillard, ce regard vif caché derrière d'épais verres de lunettes, on entraperçoit les épreuves subies par cet homme malicieux. De sa belle voix grave, Lanzmann nous entraîne au cœur des ténèbres. Redonnant, en quelque sorte, vie à Murmelstein, retournant lui-même sur les lieux du crime, de Theresienstadt à Prague en passant par Vienne, retrouvant les films de propagande nazie destinés à leurrer le monde en laissant croire que Theresienstadt était un havre de paix, une ville « donnée aux juifs par Hitler », il remonte le cours de la genèse de la solution finale, démasque le vrai visage d'Eichmann et dévoile les « contradictions sauvages » qui furent celles de Murmelstein. La décision de créer Theresienstadt, ce soi-disant « ghetto modèle », à 60 kilomètres de Prague, fut prise en 1941. Pendant ses quatre années d'existence, il fut présidé successivement par trois doyens des juifs : Jacob Edelstein (arrêté en 1943, puis déporté et assassiné à Auschwitz), Paul Eppstein, tué d'une balle dans la nuque le 27 septembre 1944 à Theresienstadt), et enfin Murmelstein.THERESIENSTADT, LA DERNIÈRE HALTE AVANT AUSCHWITZUn type extraordinaire, ce Murmelstein, rabbin, spécialiste de la mythologie, immensément intelligent et cultivé, ironique et drôle. En 1961, il avait écrit un livre, Terezin, il ghetto modello di Eichmann, dans lequel il présentait sa propre défense. Lui qui avait réussi à sauver 120 000 juifs en les faisant émigrer, qui avait également réussi à éviter la destruction du ghetto, était haï par les survivants de l'enfer de Theresienstadt qui l'accusaient d'avoir « donné » d'autres juifs en échange. Possesseur d'un passeport diplomatique de la Croix-Rouge internationale, il aurait pu prendre la fuite. Il refusa, préférant passer quinze mois en prison et répondre, devant la justice tchèque, des accusations de collaboration avec l'ennemi proférées contre lui par un certain nombre de juifs. Innocenté, il s'exila à Rome, mais ne put jamais se rendre en Israël. Là-bas, un intellectuel aussi prestigieux que Gershom Scholem n'avait pas hésité à réclamer qu'il soit pendu. A ceux qui lui demandaient : « Comment se fait-il que vous viviez ? », Murmelstein répondait en se référant à l'histoire des Mille et Une Nuits : « Je devais dire le conte des juifs du paradis de Theresienstadt. J'ai survécu pour dire ce conte. » Mettre en pièce le mensonge de ce lieu de non-vie qui fut pour beaucoup de juifs la dernière halte avant Auschwitz. Eichmann, Murmelstein l'a bien connu. La première fois qu'il l'a rencontré, c'était pendant l'été 1938. « Je suis resté en relation avec lui durant sept ans. » « Aviez-vous peur ? », lui demande Lanzmann. « Si vous montrez que vous avez peur, vous êtes perdu. Mais, oui, j'avais peur. » Le procès d'Eichmann, en 1961, en Israël ? « Un procès nul », dit-il. « Un sale procès, renchérit Lanzmann, à propos duquel Hannah Arendt raconta beaucoup d'absurdités. » Banalité du mal ? « Risible », estime Murmelstein, après avoir raconté comment Eichmann participa directement à la Nuit de cristal. Qui était en définitive ce doyen des juifs ? En Orient, rappelle-t-il, on désignait un esclave comme roi. « Dans l'esprit des nazis, nous étions une caricature dont on se moque. » Une marionnette. Sauf que lui finit par apprendre à en tirer les fils. « Je me figurais que j'avais une mission à accomplir (...). Que quelqu'un devait faire le travail. Et puis, j'avais un désir d'aventure. » « Vous aviez un goût pour le pouvoir ? », interroge Lanzmann. « Je serais hypocrite si je disais que ce n'est pas vrai », répond Murmelstein. Avant d'ajouter, se comparant à Sancho Pança : « C'était un pouvoir dans le non-pouvoir. » Il fallait, dit-il, se prostituer, participer à la farce, mais, surtout, ne jamais faire confiance aux nazis. Quant aux hommes et aux femmes dont il avait la responsabilité, s'ils étaient des « martyrs », ne surtout pas croire qu'ils étaient des « saints ». « En vous écoutant, on n'a pas l'impression que Theresienstadt était un lieu de malheur, coupe Lanzmann. Ça me gêne. Vous êtes focalisé sur les aspects organisationnels... » « Un chirurgien qui se mettrait à pleurer pendant une intervention tuerait son patient », répond l'ancien doyen. Il y a dans Le Dernier des injustes des moments bouleversants comme cette visite de Lanzmann à la synagogue du Golem à Prague, lorsque retentit le kaddish, la prière des morts. Et la scène finale, où l'on voit le cinéaste prendre l'ancien doyen par l'épaule et partir avec lui, à pied, sur le pavé romain. « Je n'ai pas reculé devant le danger », dit Murmelstein. « Vous êtes un tigre », lui répond Lanzmann, admiratif et fraternel.