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ISBN: 9782070407156
Catégorie :

La honte

de : Annie Ernaux

5.45 

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Rencontre avec l'auteur
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    1940
    Annie Ernaux est Née à Lillebonne (Seine-Maritime), le 01/09/1940 Agrégée et professeur de lettres modernes maintenant à la retraite, Annie Ernaux a passé son enfance et sa jeunesse à Yvetot, en Normandie. Elle est née dans un milieu social plutôt modeste : ses parents étaient d’abord ouvriers, ensuite petits commerçants. Contrairement à ses parents, Annie Ernaux allait régulièrement à l’école et apprenait bien. Elle a fait ses études à l’université de Rouen. Elle est successivement devenue institutrice, professeure certifiée puis agrégée de lettres modernes. Elle a enseigné au début des années 70 au collège d’Evire à Annecy. En 1984 elle a obtenu le prix Renaudot pour un de ses ouvrages à caractère autobiographique, "La Place". Très tôt dans sa carrière littéraire, Annie Ernaux a renoncé à la fiction pour revenir inlassablement sur le matériau autobiographique constitué par son enfance dans le café-épicerie parental d’Yvetot. À la croisée de l’expérience historique et de l’expérience individuelle, son écriture, dépouillée de toute fioriture stylistique, dissèque l’ascension sociale de ses parents (la Place, la Honte), son adolescence (Ce qu’ils disent ou rien), son mariage (la Femme gelée), son avortement (l’Événement), la maladie d’Alzheimer de sa mère (Je ne suis pas sortie de ma nuit), puis la mort de sa mère (Une femme), son cancer du sein (l’Usage de la photo, en collaboration avec Marc Marie). Elle écrit sur (mais non pas dans) la langue de ce monde ouvrier et paysan normand qui a été le sien jusqu’à l’âge de dix-huit ans, âge auquel elle a commencé, à son tour, à s’élever socialement. Elle a aussi écrit "L’Écriture comme un couteau" avec Frédéric-Yves Jeannet. Son texte "Passion simple" a été créé au théâtre en juillet 2007 par la Compagnie des temps venus, interprété par Carole Bouillon et mis en scène par Zabo. (Source : Wikipedia)
    Livres deAnnie Ernaux
    Aperçu général

    J’ai toujours eu envie d’écrire des livres dont il me soit ensuite impossible de parler, qui rendent le regard d’autrui insoutenable. Mais quelle honte pourrait m’apporter l’écriture d’un livre qui soit à la hauteur de ce que j’ai éprouvé dans ma douzième année. A.E.

    La vie de la narratrice se compose de deux époques : “avant” le mois de juin 1952 et ce dimanche maudit lorsque “mon père voulut tuer ma mère”, et “après”, avec cette vie bouleversée et ce temps passé dans l’angoisse de la prochaine dispute. “Après, ce dimanche-là s’est interposé entre moi et tout ce que je vivais comme un filtre.” Servie par une écriture imagée tissée d’expressions populaires, Annie Ernaux raconte le temps jadis avec son père et sa mère et leur bistrot-épicerie dans un petit village de Normandie : la messe, la robe du dimanche, sa grand-mère, l’oncle Joseph, la balançoire géante, ses cousins, les trains vers Le Havre… Au centre de ce court récit, les années 51-52, la faillite de ses parents, les difficultés d’argent et “la honte devenue un mode de vie.” Un texte tendre, extrêmement attachant.
    (Note Éditions Gallimard)

    Détails

    ISBN: 9782070407156
    Éditeur: Folio – Gallimard
    Date de publication: février 1999
    Nombre de pages: 144 Format 11cm x 18cm 144

    Press reviews:

    Libération Par Claire Devarrieux 16 janvier 1997 Le mot honte figure dans chaque livre d'Annie Ernaux, sans exception, même dans ceux qui ne parlent pas directement de son enfance, comme Passion simple ou Journal du dehors. Sous une forme littéraire chaque fois différente, et de plus en plus épurée par souci de vérité, dès les Armoires vides, en 1974, elle a raconté comment, issue d'un milieu modeste, elle s'en est «sortie», bonne élève devenue professeur, son père et sa mère ayant tout fait pour qu'elle échappe à leur monde, le café-épicerie d'Yvetot, en Normandie. Avoir honte de ses parents, et honte d'avoir honte, est un sentiment associé à la puberté, redoublé, chez Annie Ernaux, par les effets de cette rupture sociale, et la hantise d'avoir été «une ennemie de classe» au sein de sa propre famille. Elle y revient dans la Honte, avec une interprétation nouvelle tout entière projetée dans la première phrase: «Mon père a voulu tuer ma mère un dimanche de juin, au début de l'après-midi.» L'origine de la honte serait donc là, dans la scène qu'elle n'avait, dit-elle, jamais osé écrire, et qui coupe sa vie en deux. «Nous avons cessé d'appartenir à la catégorie des gens corrects, qui ne boivent pas, ne se battent pas, s'habillent proprement pour aller en ville. (...) J'avais vu ce qu'il ne fallait pas voir.» Pas de tentative d'interprétation freudienne, ça ne l'intéresse pas, sans doute était-ce le coup de folie d'un homme dominé par une femme écrasante. Et, bien sûr, la vie suit son cours, c'est dans la conscience contaminée du témoin (elle a 12 ans, cela se passe en 1952), et non à l'extérieur, que le scandale opère ses ravages. La Honte est la reconstitution d'un univers, et d'un ensemble de signes, où cette scène ne pouvait pas, ne devait pas avoir lieu. Les marques de soumission au corps enseignant, les interdits (on ne vient pas en pantalon, ou on met une jupe par-dessus), les fêtes et les rites (Annie Ernaux va jusqu'à rédiger une note de bas de page pour expliquer en quoi consiste le signe de croix): d'un côté, l'école privée. De l'autre, séparé sauf par la religion, le domaine des parents dont les codes sont encore plus contraignants. Il faut veiller à être comme tout le monde, il faut être bien avec les voisins sans «être toujours pendu» chez eux, il faut écouter les autres, et ne pas se confier: la recension est riche, précise, du vocabulaire (ainsi que des gestes, des chansons, des images). Le langage est tributaire de l'époque, de la région, du milieu social, du microcosme familial enfin. Avec cette manière, devenue systématique, de préciser les enjeux de son travail, Annie Ernaux précise:«Il me semble que je cherche toujours à écrire dans cette langue matérielle d'alors et non avec des mots et une syntaxe qui ne me sont pas venus, qui ne me seraient pas venus alors. Je ne connaîtrai jamais l'enchantement des métaphores, la jubilation du style.» La Honte relève volontairement du document, et rejoint la Femme gelée , où l'auteur tentait déjà de comprendre son cheminement personnel.«Etre en somme ethnologue de moi-même», se retrouver dans les photos, est une entreprise dont elle analyse ici la difficulté. Comment faire le lien entre les individus successifs qu'on a été? Comment combler le fossé? Elle n'a jamais cessé d'oeuvrer à rétablir les ponts coupés: entre soi et soi, et d'une classe à l'autre, peut-être parce que le monde d'hier était trop puissant pour que celui d'aujourd'hui lui échappe jamais. Dans la Place (le livre sur son père), elle évoque la «voie étroite, en écrivant, entre la réhabilitation d'un mode de vie considéré comme inférieur, et la dénonciation de l'aliénation qui l'accompagne.» Une femme (le livre sur sa mère, morte de la maladie d'Alzheimer), tente d'«unir par l'écriture la femme démente qu'elle est devenue, à celle forte et lumineuse qu'elle avait été.» . Le texte qui sort en même temps que la Honte , «Je ne suis pas sortie de ma nuit», est le prolongement d'Une femme, bien qu'il le précède. Il s'agit d'un journal, tenu de 1983 à 1986, où on voit s'inverser la relation (la mère devient comme un enfant), où la vie du mouroir est évoquée avec une grandeur d'âme et des qualités de coeur exceptionnelles. Dans les deux livres s'exprime le désir de partager les expériences, de signifier au lecteur qu'il n'est pas seul et ainsi, de le rendre captif. Il n'y a pas d'intermédiaire entre l'auteur et son public, même pas la distance que marquent, sur la couverture d'un ouvrage, les mentions «roman» ou «récit». Chez Annie Ernaux, tout est volonté de lier. «Ecrire et faire l'amour. Je sens un lien essentiel entre les deux», écrit-elle au terme d'un texte érotique paru dans le dernier numéro de la revue l'Infini, «Fragments autour de Philippe V» . C'est le récit d'une soirée avec un jeune homme amoureux qui n'aurait pas manifesté son désir si elle n'avait passé la main dans ses cheveux. «Le souvenir de ce geste, par-dessus tout, me remplissait de jouissance. J'ai pensé qu'il était de même nature que celui qui consiste à écrire la phrase inaugurale d'un livre. Qu'il supposait le même désir d'intervenir dans le monde, d' ouvrir une histoire. Et j'ai senti que, pour une femme, la liberté d'écrire sans honte passe par celle de toucher la première, avec désir, le corps d'un homme.» Claire Devarrieux