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ISBN: 9782072906480
Catégorie :

Abraham

de : Boualem Sansal

Boualem Sansal, que j’ai reçu plusieurs fois et qui est un de mes auteurs préférés, nous emmène au Proche-Orient, à Tell Al-Muqayyar, ville construite sur les ruines de la cité de Ur, puissante capitale de l’empire sumérien au III ème millénaire avant Jésus Christ. Tell Al-Muqayyar se situe au coeur de ce qui est aujourd’hui l’Irak. Ur est surtout, dans le récit de Boualem Sansal, la ville qui aurait vu naitre Abram, qui deviendra, dans la Bible, Abraham. Un des premiers patriarches de la Bible, arrière petit-fils de Noé, et fils de Terah, Abraham est reconnu par les trois religions du Livre. Abraham conduira son peuple au pays de Canaan, terre promise par dieu. Ce pays de Canaan deviendra bien plus tard la Palestine et c’est aujourd’hui l’État d’Israël. Boualem Sansal place son récit en 1916; l’empire Ottoman, chancelant, domine toute la région. Les accords Sykes-Picot présideront au démantèlement de cet empire à l’issue de la première guerre mondiale. Ces accords, en créant des États et des frontières au mépris des origines, des ethnies et des langues des peuples concernés, sont à l’origine de bien des conflits qui déchirent encore toute cette région.
Boualem Sansal imagine donc qu’en 1916, Terah, un vieux chaldéen, qui porte le même nom que le père d’Abraham dans la Bible, comprend et découvre que son fils Abram n’est autre que la réincarnation d’un des premiers prophètes, ou patriarches pour les musulmans : Abraham. Comme son illustre ancêtre biblique, Abraham va mener sa tribu, son peuple, comme dans la Génèse, au Pays de Canaan. Épique randonnée, dont le but réel est de conclure avec Dieu une cinquième alliance, une alliance qui apporterait enfin paix et prospérité à ces peuples qui souffrent depuis si longtemps. Critique vive mais constructive des effets des religions, dans une langue magnifique et inspirée, Boualem Sansal garde le vif espoir que cette alliance est, sinon à portée de main, du moins possible dans un futur proche pour autant que les hommes cessent d’utiliser la religion à des fins politiques, destructives et sectaires. Pierre-Pascal Bruneau (La Lettre du Temps Retrouvé, octobre 2020)

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Rencontre avec l'auteur
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    15 ocobre 1949
    Boualem Sansal a une formation d'ingénieur à l'École nationale polytechnique d'Alger ainsi qu'un doctorat d'économie. Il a été enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien. Il est limogé en 2003 pour ses prises de position critiques contre le pouvoir en place particulièrement contre l'arabisation de l'enseignement. Son ami Rachid Mimouni (1945-1995) l'encourage à écrire. Boualem Sansal, bien que grand lecteur, ne se vouait pas à l'écriture. Il commence pourtant à écrire en 1997, alors que la guerre civile bat son plein. Il cherche à entrer dans l'esprit de ses compatriotes, pour tenter de comprendre puis d'expliquer ce qui a mené à l'impasse politique, sociale et économique de son pays, et à la montée de l'islamisme. En 1999, il publie son premier roman, Le Serment des barbares, qui reçoit le prix du premier roman et le prix Tropiques. Cet ouvrage connait un très grand succès de librairie : Boualem Sansal est invité au printemps 2000 au Festival du premier roman de Chambéry et, en été, au festival Les Nuits & les Jours de Querbes. Depuis, il multipliera les rencontres avec ses lecteurs, en France ou en Allemagne. Son livre Poste restante, Alger, une lettre ouverte à ses compatriotes, est resté censuré dans son pays. Après la sortie de ce pamphlet, il est menacé et insulté, mais il décide de rester en Algérie. Un autre de ses ouvrages, Petit éloge de la mémoire, est un récit épique de l'aventure berbère. En 2003, Boualem Sansal est rescapé du séisme meurtrier qui a touché sa région à Boumerdès. Après avoir été porté disparu pendant un certain temps, il est retrouvé grâce à un appel lancé par la télévision algérienne. Son troisième roman, Dis-moi le paradis, publié en France en 2003, est une description de l'Algérie post-colonisation, à travers les portraits de personnages que rencontre le personnage principal, Tarik, lors de son voyage à travers ce pays. Le ton est très critique envers le pouvoir algérien, se moquant de Boumediene, critiquant ouvertement la corruption à tous les niveaux de l'industrie et de la politique, l'incapacité à gérer le chaos qui a suivi l'indépendance, et attaquant parfois violemment les islamistes. Ce livre est l'une des raisons qui ont conduit le pouvoir à limoger l'auteur de son poste de haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien. En 2005, s'inspirant de son histoire personnelle, il écrit Harraga, (Harraga qui signifie « brûleur de route », surnom que l'on donne à ceux qui partent d'Algérie, souvent en radeau dans des conditions dramatiques, pour tenter de passer en Espagne). Pour la première fois, les personnages principaux sont deux femmes : Lamia, médecin pédiatre qui vit dans la misère à Alger, et Cherifa qu'elle recueille alors que cette dernière est enceinte de cinq mois. (Cherifa est arrivée chez Lamia sur le conseil du frère de celle-ci, Sofiane, qui est en route pour entrer en Espagne clandestinement). Encore une fois, le ton est très critique envers le pouvoir algérien : l'argent du pétrole coule à flots, mais, l'argent étant accaparé par une minorité de dirigeants, le peuple est dans la misère et les jeunes vont tenter leur chance ailleurs, pendant que ceux qui ne peuvent pas partir restent dans la misère et la peur. Boualem Sansal est lauréat du grand prix RTL-Lire 2008 pour son roman Le Village de l'Allemand sorti en janvier 2008, roman qui est censuré en Algérie, car il fait le parallèle entre islamisme et nazisme. Le livre raconte l'histoire du SS Hans Schiller, qui fuit en Égypte après la défaite allemande, et se retrouve ensuite à aider l'armée de libération algérienne, pour finalement devenir un héros de guerre et se retirer dans un petit village perdu5. Le livre s'inspire d'un destin réel, découvert par la presse dans les années 1980. En 2007, il reçoit le prix Édouard-Glissant, destiné à honorer une œuvre artistique marquante de notre temps selon les valeurs poétiques et politiques du philosophe et écrivain Édouard Glissant : ce prix récompense les œuvres développant une réflexion sur le métissage et toutes les formes d’émancipation, celle des imaginaires, des langues et des cultures. Le 9 juin 2011, il remporte le prix de la paix des libraires allemands, pour la manière dont il « critique ouvertement la situation politique et sociale de son pays »6. En mars 2008, il choisit de se rendre au Salon du livre de Paris, malgré la polémique soulevée dans le monde arabe quant au choix d'Israël comme invité d'honneur et l'appel au boycott venant des pays arabes et de certains intellectuels7. Il s'en explique par la formule : « Je fais de la littérature, pas la guerre », et en ajoutant : « La littérature n'est pas juive arabe ou américaine, elle raconte des histoires qui s'adressent à tout le monde. » Ce choix aggrave sa situation en Algérie. En 2011, il publie un nouveau roman, Rue Darwin, l'histoire d'une famille prise dans la guerre d'Algérie. C'est un livre très personnel, écrit trois mois après la mort de sa mère. Le personnage de Yaz ressemble beaucoup à Boualem Sansal ; par ailleurs, la rue Darwin est une rue où l'auteur a vécu dans son enfance, à cent mètres de la maison d'Albert Camus. Boualem Sansal est également connu pour ses propos critiques envers toute forme de religion, et l'islam en particulier : « La religion me paraît très dangereuse par son côté brutal, totalitaire. L'islam est devenu une loi terrifiante, qui n'édicte que des interdits, bannit le doute, et dont les zélateurs sont de plus en plus violents. Il faudrait qu'il retrouve sa spiritualité, sa force première. Il faut libérer, décoloniser, socialiser l'islam. » En février 2012, il fait partie du jury de la Berlinale 2012, sous la présidence de Mike Leigh et aux côtés de Anton Corbijn, Asghar Farhadi, Charlotte Gainsbourg, Jake Gyllenhaal, François Ozon et Barbara Sukowa. En mai 2012, il participe à la troisième édition du Festival international des écrivains à Jérusalem, suscitant de nombreuses critiques dans le monde arabe. Il fait un récit plein d'humour de son voyage. En juin 2012, il reçoit le prix du Roman arabe pour son livre Rue Darwin, avec l'opposition des ambassadeurs arabes qui financent le prix12,13. Le 13 juin 2013, l'Académie française lui décerne le grand prix de la francophonie. Ce prix est « destiné à “couronner l’œuvre d’une personne physique francophone qui, dans son pays ou à l’échelle internationale, aura contribué de façon éminente au maintien et à l’illustration de la langue française” ». Du 6 au 8 octobre 2012, Boualem Sansal et l'écrivain israélien David Grossman se sont retrouvés à Strasbourg, avec le soutien du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, et ont lancé « L’appel de Strasbourg pour la paix » dans le cadre du 1er Forum mondial de la démocratie organisé par le Conseil de l’Europe. Près de 200 écrivains venant de cinq continents ont depuis signé cet appel, et se sont déclarés prêts à s’engager pour faire progresser la paix et la démocratie partout dans le monde. Il habite près d'Alger, dans la ville de Boumerdès. Il obtient en 2015 le Grand prix du roman de l'Académie française pour son roman 2084 La fin du monde publié chez Gallimard. Ce roman de science-fiction crée un monde fondé sur l'amnésie et la soumission à un dieu unique. Inspiré de 1984 d'Orwell, le pouvoir religieux extrémiste a lancé une nouvelle langue, l'abilang. (Source : Wikipedia)
    À propos de ce livre
    Détails

    ISBN: 9782072906480
    Éditeur: Éditions Gallimard
    Date de publication: 1er octobre 2020
    Nombre de pages: 288

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