La Lettre du Temps Retrouvé Mai 2026
Le 31 mai 2026 | 0 Commentaires
Conférence et Dédicace
Le 15 juin 2026

Colette SOLER


Photo Mollat – copyright Librairie Mollat
Le 15 juin 2026
Universiteit Van Amsterdam
Salle: PCHooft 1.05 (Spuistraat 134)
16:00: vente de livres et dédicace à l’université
organisée par la librairie Le Temps Retrouvé
17:00: conférence
Présentation en français avec sous-titres simultanés en anglais
Organisation: Carolina Moreirão, Diego Semerene, Misha Kavka
Supported by :  the Amsterdam School for Cultural Analysis (ASCA) and
The Netherlands Institute for Cultural Analysis (NICA)
La participation est gratuite et le nombre de places limité.
Pour garantir votre participation, il est nécessaire de s’inscrire via le lien ci-dessous:
Inscription UVA 15 juin 2026 : Colette SOLER
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La Lettre du temps Retrouvé

Dans cette lettre du mois de mai, nous avons retenu plusieurs essais, récits et biographies et deux romans qui devraient plaire à beaucoup d’entre vous.
À l’occasion de la diffusion par Arte d’une série, réalisée par Hagai Levy, consacrée aux dernières années de la vie d’Etty Hillesum, le Livre de Poche publie à nouveau la biographie écrite par Sylvie Germain en 1999.  Cette jeune intellectuelle néerlandaise, déportée à l’âge de 29 ans et assassinée à Auschwitz en 1943, a laissé un journal et une correspondance passionnants. Née juive, elle est fascinée par la mystique chrétienne du don de soi et de l’abnégation.
Deux essais :  l’un est une enquête réalisée par Sarah Fila-Barakabadio sur  » Être une femme noire en France « , qui montre que les vieux réflexes racistes ont la vie dure, et l’autre, une analyse et une réflexion, par le brillant chercheur, Pierre Vesperini, sur l’éducation et la « brutalisation » physique et morale des enfants.
Dans En attendant Bojangles, livre que tant de lectrices et lecteurs ont adoré, Olivier Bourdeault nous parlait de ses parents, de leur amour fou, et du sens inouï de la fête de ces deux êtres passionnés. Le récit qu’il publie aujourd’hui est d’une tout autre eau. Cette fois, il nous parle des rapports difficiles, mêlés d’amour et de violence, qu’il a eu avec son père.  
Bruno Lemaire se confie et défend son bilan des sept années qu’il a passées à Bercy. Il rejette la responsabilité du seuil fou atteint par la dette de l’État français sur ses prédécesseurs. Il critique ensuite vertement une administration dont la complexité et la lourdeur rendent presqu’impossible la mise en oeuvre de nombreuses mesures pourtant décidées par l’exécutif. Et puis un beau récit biographique sur le grand collectionneur Jacques Guérin, dont la vie est un véritable roman. Côtoyant écrivains et autrices illustres, mais aussi les peintres de son époque, comme Chaïm Soutine ou Picasso, on y apprend comment il se retrouve en possession de manuscrits de Marcel Proust. Il sauve ainsi, de justesse, de la destruction, de précieux écrits mais aussi des objets et des meubles de sa chambre, dont il fait don au Musée Carnavalet.
Côté roman, Laurent Seksik, l’auteur très célébré du livre Les derniers jours de Stefan Zweig (Flammarion, 2010), consacre son dernier livre à une belle histoire d’honneur et d’amour. Didier Daeninckx, lui, utilise des faits historiques qui se déroule dans l’époque de l’après-guerre. Un inspecteur, ancien maquisard et fils d’un commissaire soupçonné d’avoir collaboré, mène l’enquête et tient le lecteur en haleine de bout en bout.
Enfin en littérature jeunesse, parution du très attendu Tome 9 de la série Les Royaumes du feu, intitulé Les serres du pouvoir, qui caracole déjà en tête des ventes de bandes dessinées.
Romans
Un jour de guerre est arrivé Laurent Seksik

Gallimard, Collection Blanche
Date de parution : 5 mars 2026
ISBN : 9782073148445, » Il poursuivit en citant Joffre : ‘ La bataille une fois engagée doit être poussée à fond, jusqu’à dans l’extrême limite des forces, et au prix de sacrifices sanglants. Le succès ne revient non pas à celui qui subit le moins de pertes, mais à celui dont la volonté est la plus ferme.’
‘ Soyez prêts, la Nation nous regarde et compte sur notre vaillance !’ conclut-il, avant de saluer sous une ovation et de quitter les lieux. » p.59

Laurent Seksik, auteur du très célébré et primé roman Les derniers jours de Stefan Zweig (Flammarion, 2010), nous revient avec un beau roman sur l’absurdité de la guerre et en particulier de la première guerre mondiale. Son héros, Lucien, est un jeune officier qui intègre Saint-Cyr pour honorer sa famille et la mémoire de son grand-père, Saint Cyrien, officier de cavalerie, mort au combat lors de la défaite de la France, à Sedan, en 1870, défaite qui entraina la chute du Second Empire, face à la Prusse. Une fois à Saint-Cyr, le jeune aspirant n’a de cesse que de consulter les archives de l’école pour découvrir les hauts faits militaires de son grand-père. Là, il tombe des nues : non seulement son grand-père n’est pas le héros qu’il croyait être mais pire, il a été fusillé pour trahison.
Alors, qui était vraiment ce grand-père ? Chloé Latour, la grand-mère de Lucien et veuve du capitaine, défend son défunt mari avec l’énergie et la passion d’une jeune amoureuse :  » (…) Avant tout, mon Lucien, sache, quelques soient les sornettes écrites dans tes archives, que tu n’es pas le petit-fils d’une crapule. Ton grand-père était sans doute un homme trop obéissant, trop soumis, mais pas un traite !  » (p.31). Alors la vieille dame raconte : l’absurdité de la guerre, la folie qui s’en suivi, la Commune et ses atrocités, mais surtout l’histoire d’une passion qui emporta tout. Cette passion, Lucien la découvre à la lecture des lettres, que sa grand-mère a échangées avec son jeune époux. Que c’est-il donc passé à Sedan ? Qu’a donc fait le capitaine Jean Latour pour mériter un tel déshonneur ? Un court et fort roman sur la guerre et ceux qu’elle broie impitoyablement, sur l’importance de l’honneur et sur la force de l’amour.
Pierre-Pascal Bruneau

Les maisons parachutées, Didier Daeninckx

Gallimard, Collection Blanche
Date de parution : 2 Avril 2026
ISBN : 9782073032218, 240 pages

« – J’ai été rapatrié en France à la fin du mois de mai 1945, après mon évasion. Tout ce que j’accumule depuis sept ans concerne ce qui s’est déroulé pendant que j’étais retenu dans ce camp de concentration et d’extermination par le travail… (…) Je vis avec les prisonniers, pas encore avec les libérés.  » p. 206

Nous sommes en 1952, à Nevers, et le personnage principal est l’inspecteur Philippe Orbec. Le roman s’ouvre sur une scène de tribunal à laquelle il assiste. Très vite, la découverte de trois cadavres lance l’inspecteur dans une étrange enquête, qui va s’avérer très politique, dont le lecteur suit avec plaisir les avancées et difficultés. Un banal roman policier ? Non, car Didier Daeninckx utilise des faits historiques et s’attache à retranscrire précisément cette époque d’après-guerre, l’inspecteur étant lui-même un ancien maquisard, mais fils d’un commissaire soupçonné d’avoir collaboré. Dans un style fluide et agréable, l’auteur reconstitue parfaitement cette époque et rend compte de faits parfois peu connus. Ainsi, il évoque les règlements de compte entre résistants ou au sein du Parti communiste et, surtout, raconte ce qui s’est passé dans le terrible camp de Mauthausen où les prisonniers travaillaient pour des opérations secrètes des nazis. Un roman dont on aimerait que les faits soient faux mais qui se dévore.
Véronique Fouminet

Récits – Essais -biographies

Etty Hillesum, une biographie de Sylvie Germain
Etty Hillesum, l’histoire de sa vie, Judith Koelemeijer, traduit du néerlandais par Philippe Noble et Isabelle Rosselin

Points, Collection Sagesses                                    Éditions du Seuil
Date de parution : 13 mars 2026                             Date de parution : 10 janvier 2025
ISBN :  9791041429431, 256 pages                        ISBN : 9782021535884, 592 pages

 » Si nous ne nous efforçons pas d’opposer, instant après instant, quelque chose de rayonnant et de fort qui soit la promesse d’un recommencement dans des lieux entièrement nouveaux, nous sommes perdus, perdus pour de bon et pour toujours. » p.224 de la biographie de Sylvie Germain, citation extraite du Journal d’Etty Hillesum, p.182.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore, ou qui connaissent mal Etty Hillesum, regardez absolument la remarquable série réalisée par Hagai Levy et disponible en ce moment sur Arte TV. Cette série, une saison de six épisodes, raconte sa vie, à partir des journaux qu’elle a laissés, depuis l’invasion des Pays-Bas par les nazis et l’apparition des premières lois raciales, dès 1940, jusqu’à sa déportation et sa mort dans le camp d’extermination d’Auschwitz en 1943. Etty Hillesum est jouée par Julia Windischbauer qui est saisissante dans ce rôle et par, entre autres, Sebastian Koch, acteur allemand dont on se souvient dans Zwarteboek de Paul Verhoeven (2006) et dans La vie des autres (2006) de Florian Heckel von Donnersmarck.

Sylvie Germain
À cette occasion, Points a eu la bonne idée de rééditer la biographie d’Etty Hillesum par Sylvie Germain publiée en 1999 (Éditions Pygmalion) . En dehors de son journal et des lettres écrites écrites au camp néerlandais de Westerbock, qui ne couvrent que les deux dernières années de sa courte vie, on connait peu de chose sur cette femme extraordinaire. Sylvie Germain, consacre son livre principalement à la quête spirituelle des deux dernières années de sa vie telle qu’elle apparait dans son journal et dans Les lettres de Westerbock (Points, 2020, traduits du néerlandais par Philippe Noble et Isabelle Rosselin). Se démarquant du format des biographies classiques, Sylvie Germain propose un essai sur la force de la pensée et du détachement des contraintes matérielles. Pour étayer sa réflexion, elle évoque, avec pertinence, les écrits de deux autres grandes figures, Judith Stein, de confession juive, convertie à la foi chrétienne et canonisée en 1998 et la philosophe, Simone Weil.

Judith Koelemeijer
La biographie de Etty Hillesum par Judith Koelemeijer adopte un angle différent de celui de Sylvie Germain. La biographe néerlandaise s’est livrée à un minutieux et patient travail de recherche de près de dix années, en Russie, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Israël, analysant les archives familiales et une vaste documentation sur cette époque. Elle a interrogé les descendants d’Etty Hillesum ainsi que de rares survivants de la Shoah, afin de situer Etty Hillesum dans un cadre familial et social. Les deux biographes font cependant le même portrait d’Etty Hillesum :  celui d’une femme d’une grande force spirituelle qui dans une adversité sans nom, est parvenue, selon ses propres mots, « à devenir ce qu’elle est  »
Pierre-Pascal Bruneau

Une histoire d’amour et de violence, Olivier Bourdeaut

Gallimard, Collection Blanche
Date de parution : 30 Avril 2026
ISBN :  9782073130242, 240 pages

« Nous sommes nombreux à avoir connu les coups, les humiliations. Selon l’Unicef, des centaines de millions d’enfants connaissent chaque année des violences physiques et psychologiques dans leurs foyers. Me voilà moins seul. Désormais, j’ai un point commun avec une petite fille du Nicaragua, un petit garçon norvégien et pourquoi pas un adolescent d’Erythrée. (…) nous sommes des enfants abîmés par ceux qui sont là pour les défendre, les aimer. » p. 166

Olivier Bourdeaut quitte la fiction pour un récit personnel, dont le titre dit tout. Il retrace sa vie au sein d’une famille nombreuse qui étouffe sous le joug d’un père alcoolique et violent. Le récit utilise habilement la distance, mêle la chronologie et joue sur différents registres. En effet, le père était violent, mais son fils l’aime et cet amour mérite aussi d’être dit, d’autant plus qu’il décède au moment où Olivier Bourdeaut connait le succès avec En attendant Bojangles ! Joie et tristesse. Ainsi, au long du récit, le lecteur partage les chagrins et les joies du fils qui ne réussit pas, qui déçoit, qui est dressé par les coups et les humiliations, mais que son père aime quand-même… Ce récit est aussi l’occasion de s’interroger sur ce que signifie d’être un fils, puis un père mais aussi d’interroger la puissance de l’écriture et de rendre un bel hommage à la lecture. Un texte touchant qui rappellera à chacun, choyé ou non, que, décidément, « nul ne guérit de son enfance ».
Véronique Fouminet

Être une femme noire en France, Sarah Fila-Bakabadio

Seuil, Collection Traverse
Date de publication :
ISBN : 9782021496437, 162 pages

 » Il n’y a certainement pas grand chose à dire » . La phrase est sévère, un brin naïve, mais finalement honnête. Je l’ai entendue plusieurs fois lorsque j’ai annoncé travailler sur les femmes noires. Ses auteurs, majoritairement blancs, sont des hommes et des femmes issus de tous bords politiques et de toutes les classes sociales, qui sont parfois quotidiennement en contact avec des femmes noires. Pourtant, ils ne semblent pas savoir de quoi je parle. Certains sont sceptiques face à une condition qu’ils n’ont pas envisagée. » Ça existe ?  » demandent-ils.  » pp.17 et 18

« Madame, comment faites-vous en tant que femme noire ? Comment vous faites tous les jours ?  » Cette question c’est une jeune étudiante de Sarah Fila-Bakabadio qui lui pose à la fin d’un cours et qui amène l’autrice à s’interroger sur la condition des femmes noires en France. Pour son enquête elle retient quatre femmes : Maëlys, étudiante en master d’anglais, vingt-deux ans, est d’origine bretonne par sa mère et guadeloupéenne par son père; Pélagie, franco-congolaise de quarante-huit ans, est fille de diplomate; après des études de journaliste, elle devient secrétaire dans une grande entreprise internationale; Ayana, américaine de cinquante ans, professeur de Pilates, ancien mannequin; elle quitte Los Angeles, où elle a vécu une grande partie de sa vie, et s’installe en France où elle vit avec son compagnon depuis plus de dix ans, et Marie-Anne; quarante-sept ans, elle se définit comme « simple et martiniquaise »; à l’âge de vingt ans, elle quitte la Martinique pour s’installer à Amiens et y prépare un BTS puis devient secrétaire.
Toutes les quatre, bien qu’elle viennent d’horizons très différents, ressentent la même chose : d’une part détenir une double identité et d’autre part avoir l’impression d’être invisible. L’étude de Sarah Fila-Bakabadio montre la diversité des cultures africaines, l’importance du corps, la sororité, et aussi une même volonté de ces femmes de s’émanciper, face au racisme et au patriarcat.
Pierre-Pascal Bruneau

Sarah Fila-Bakabadio est maîtresse de conférences à CY Cergy Paris Université. Historienne de l’Atlantique noir, elle travaille sur les circulations intellectuelles, culturelles et politiques des Africains-Américains et des Afro-descendants aux XXe et XXIe siècles. (Note de l’éditeur)

Pour les enfants, éduquer dans la dignité, éduquer dans la liberté, Pierre Vesperini

Les Belles Lettres
Date de parution : 6 mars 2026
ISBN : 9782251458366, 410 pages

« Retenons pour l’instant cette idée : l’énergie des enfants oppose à l’ordre marchand un redoutable contre-pouvoir. Accompagner la puissance de vie d’un enfant c’est accepter l’espace d’un instant de décoller les yeux de son écran, de son ordinateur, de son téléphone, de ses messages. (…) c’est prendre le temps de jouer, de rêver, d’inventer. C’est prendre le temps de faire le clown, chose vitale, en ce qu’elle rappelle que la relation d’autorité n’est que provisoire, et qu’elle s’exerce sur le fond d’une commune humanité. » pp. 50 et 51

Pierre Vespérini, spécialiste de l’antiquité et chercheur au CNRS, dénonce, avec force, les violences faites aux enfants par la société et par certains parents qui prônent une éducation répressive et autoritaire. La première partie du livre est consacrée à une analyse des modes d’éducation des enfants qui sont en usage aujourd’hui. Remarquable par sa précision et sa limpidité, cette analyse repose sur plusieurs années de recherches approfondies. Le constat est plus qu’alarmant : l’enfant est, notamment en France, brutalisé, ignoré, méprisé, sa dignité bafouée, en bref, il est maltraité. Pierre Vesperini démontre, avec brio, en quoi une éducation fondée sur la punition et la récompense est non seulement nocive mais peu efficace. Dans une seconde partie, il propose un programme d’éducation fondé sur l’écoute de l’enfant, sur le respect de sa dignité et surtout sur la prise en compte de ce qu’il est : un être à part entière différent de l’adulte. Il défend, s’appuyant parfois sur des textes anciens, ce que l’on appelle la méthode d’éducation positive et l’oppose aux méthodes d’éducation qui reposent sur la sanction et l’exclusion. Pour Pierre Vesperini, ces méthodes répressives ne visent pas à éduquer les enfants mais à les « dresser » pour en faire des « petits singes savants » et obéissants. L’auteur montre comment ces méthodes produisent chez l’enfant des comportements de plus en plus préoccupants, comportements qui mènent parfois jusqu’au suicide. Le programme d’éducation proposé par Pierre Vesperini est ambitieux. Il requiert de consacrer beaucoup de temps et d’attention aux enfants, ce qui peut s’avérer difficile pour certains parents soumis à des contraintes économiques et sociales qui leur laissent peu de temps et d’énergie en dehors du travail. Pour autant, l’analyse et le cri d’alarme de Pierre Vesperini sont salutaires. Espérons que le changement profond qu’il réclame, des mentalités et du regard que portent les adultes sur les enfants, puisse voir le jour. C’est à ce prix que cesseront les violences physiques et morales que les enfants subissent quotidiennement pour laisser la place à une dignité retrouvée de l’enfant.
Pierre-Pascal Bruneau

Les plaisirs et les jours de Jacques Guérin, Carlo Jansiti

Seuil
Date de parution : 7 mai 2026
ISBN : 9782021623987, 324 pages

 » ‘Vous devez posséder une quantité immense de manuscrits, de lettres, de papiers qui sont probablement passionnants.’ À quoi elle me répondit d’une voix nasillarde et grinçante : ‘Ah, cher Monsieur, ne m’en parlez pas ! Il y en a des quantités ! Mais avec mon mari, nous mettons de l’ordre,  nous brûlons, nous brûlons…’  » entretien de Jacques Guérin avec Mme Robert Proust, p.187

Grand collectionneur, esthète, parfumeur, peu nombreux sont aujourd’hui ceux qui se souviennent de Jacques Guérin. Enfant naturel d’un riche industriel limougeaud et d’une grande bourgeoise, Jacques Guérin est mort en août 2000, à l’âge de 98 ans, après avoir consacré sa longue vie à collectionner avec passion des trésors de bibliophilie, manuscrits, éditions originales, livres dédicacés, mais aussi des objets, tableaux et dessins etc. Jacques Guérin a ainsi constitué l’une des plus importantes collections au monde qui a compté plus de deux mille pièces. Proche de Jean Genet, il a été l’ami intime de beaucoup d’écrivains et d’autrices et de grands peintres, de Soutine à Picasso.
Carlo Jansiti, auteur d’une importante biographie de Violette Leduc, a, avant de le rencontrer, longtemps correspondu avec Jacques Guérin, qui a été un des proches de l’autrice. Soutenue par Simone de Beauvoir, appréciée par Camus, Violette Leduc a été une des pionnières du mouvement féministe. Jacques Guérin fait preuve, en dépit du caractère notoirement difficile de Violette Leduc, d’une inaltérable amitié, la soutenant et l’aidant pendant de longues années. Le livre de Carlo Jansiti, au fil des amitiés de ce grand collectionneur, nous fait rencontrer Cocteau, Maurice Sachs, Genet, et Robert Proust, le frère de Marcel, et son épouse. Grâce à sa persévérance et à sa passion pour Marcel Proust, il rassemblera des manuscrits, une multitude d’écrits, mais aussi le lit, des objets (une canne sur laquelle Marcel Proust avait collé un gant pour lui en faciliter le maniement) et certains meubles de la dernière chambre de l’auteur de la Recherche. Ces reliques sont aujourd’hui exposées au musée Carnavalet où la chambre de Proust a été intégralement reconstituée.
Pierre-Pascal

Le temps d’une décision, Bruno Lemaire

Gallimard, Collection française
Date de parution : 23 avril 2026
ISBN : 9782073071972, 320 pages

«  La France a besoin d’une haute fonction publique exemplaire, libre de tout engagement public, recrutée pour des missions et pas nécessairement à vie, sélectionnée rigoureusement selon des profils différents et pas formatés, qui pourvoie des postes en fonction des besoins de la nation et pas de ses ambitions. La monarchie technocratique doit tomber, et avec elle un sytème qui ne fonctionne plus. » p.302

La dette ce n’est pas moi ce sont les autres; c’est en premier lieu ce que Bruno Lemaire dit dans son livre. Interpellé régulièrement, parfois de façon agressive, ainsi qu’il le rapporte, par le commun des mortels, père de famille, paysan, militaire à la retraite etc., sa première défense est donc : la dette astronomique de la France ? Je n’en suis pas responsable, et d’indiquer que la dette a augmenté de 20 points (c’est à dire 20%), « sous François Mitterand, sous Nicolas Sarkozy (30 points) et sous Emmanuel Macron (15 points en période de crise majeure) » (page 15). Aucune mention de la dette « sous » Jacques Chirac ou François Hollande et du fait que certains présidents, eux aussi, comme Emmanuel Macron, ont dû faire appel à la dette pour assurer la survie des entreprises et le maintien des emplois, comme lors de la crise financière mondiale des Sub-primes. Bruno Lemaire nous rappelle que, pendant ses années au ministère des finances, de 2017 à 2024, il est le seul à avoir réussi à cantonner la dette et à faire passer le déficit budgétaire sous la barre des 3%. Alors, la faute à qui ? Sa réponse est simple : aux politiques, qui depuis plusieurs décennies, qu’ils soient de droite ou de gauche, augmentent les dépenses de l’État alors que la croissance économique stagne, voire régresse. Une augmentation continue des dépenses sans création de richesse, qui se traduit donc, inexorablement, par un accroissement de la dette.
Si l’on met de côté les anecdotes et les remarques personnelles, sensées, on l’imagine, alléger la lecture d’un texte souvent assez aride, on y apprend beaucoup de choses intéressantes sur la gestion de l’économie de la France et du monde, et sur l’exercice du pouvoir. On voit combien la pratique du pouvoir est ingrate et difficile. Combien aussi, de bonnes décisions (ou de mauvaises, selon vos convictions politiques), ne sont pas mises en œuvre et se perdent dans les méandres d’un marécage administratif assez sidérant (qui dépasse largement le monde des ronds-de-cuir de Courteline ou de Gogol). Cette « monarchie technocratique doit tomber », car « La France a besoin d’une haute fonction publique exemplaire, libre de tout engagement public (…) qui pourvoie des postes en fonction des besoins de la nation et pas de ses ambitions. », nous dit Bruno Lemaire, en conclusion. Je crains qu’il ne soit guère entendu.
Pierre-Pascal Bruneau

L’odyssée de L’Odyssée : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les aventures d’Ulysse sans avoir jamais lu Homère
Christophe Ono-Dit-Biot

Éditions Grasset
Date de parution : 15 Avril 2026
ISBN : 9782246841326, 368 pages

« Le savez-vous ? Le rêve, dans l’Antiquité, c’est du sérieux. C’est souvent dans les rêves que les dieux apparaissent pour communiquer avec les mortels. (…) Vous racontez votre rêve à un spécialiste, appelé « oniromancien », et il vous livre le message qui s’y cache. Naissance de la psychanalyse ? Un dénommé Artémidore avait consacré un manuel à cette discipline (…). Dix-huit siècles avant Freud… » p. 124

Voilà un titre et un sous titre qui tiennent leur promesse ! Christophe Ono-Dit-Biot ne propose ni une nouvelle traduction, ni un nouveau commentaire érudit de l’œuvre immortelle d’Homère, non, il nous raconte l’Odyssée, tel un aède moderne. La narration suit le texte d’origine, mais la manière est bien celle de notre époque. Ainsi, le lecteur se trouve, presque, dans la situation des auditeurs de l’Antiquité grecque et goûte le plaisir d’entendre une histoire dont il connaît, ou croit connaître, certains passages, mais peut-être pas tous. L’auteur agrémente, vivifie la narration de commentaires qui créent une belle complicité avec le lecteur moderne, comme dans une conversation. Ces commentaires répondent aux interrogations contemporaines ou soulignent les liens avec notre époque, rappelant régulièrement combien l’œuvre homérique est novatrice et moderne. Lui-même helléniste et bon connaisseur des différentes recherches homériques, Christophe Ono-Dit-Biot livre aussi, de temps en temps, des remarques plus personnelles. Que l’on ait soi-même lu, traduit le texte grec ou que l’on en n’ait qu’une vague connaissance, cette nouvelle odyssée se lit avec grand plaisir !
Véronique Fouminet

Bandes dessinées Jeunesse


Les Royaumes du feu, Tome 9, Les serres du pouvoir, Tui T. Sutherland, scénaristes Barry Deutsch et Rachel Swirky, et dessinateur Mike Holmes, traduction de Vanessa Rubio
   

Gallimard Jeunesse
Date de parution : 7 mai 2026
ISBN : 9782075237857, 240 pages

La traduction en français de l’adaptation en bande dessinée du best-seller de Tui T. Sutherland poursuit son parcours à succès avec la parution de « Les Serres du pouvoir », une adaptation épique du neuvième livre de la série, pour découvrir ou redécouvrir en images l’univers fascinant des Royaumes de Feu. Une menace terrifiante, enfouie dans les entrailles de la montagne de Jade depuis des siècles, vient de se réveiller : Spectral, le dragon ancestral des légendes de Pyrrhia. Pourtant, tous semblent tomber sous son charme. Seul Triton se méfie … (Note de l’éditeur)

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Colette SOLER


Photo Mollat – copyright Librairie Mollat

Le 15 juin 2026 à l’UVA
Conférence et dédicace
Universiteit Van Amsterdam

Salle: PCHooft 1.05 (Spuistraat 134)

16:00 vente de livres et dédicace à l’université
organisée par la librairie Le Temps Retrouvé
17:00 conférence
Présentation en français avec sous-titres simultanés en anglais

« Qu’est-ce qu’une femme, la question se pose-t-elle encore ? »
“Wat is een vrouw? waarom moeten we die vraag blijven stellen?
“What is a woman? why must we keep asking the question? »

Organisation: Carolina Moreirão, Diego Semerene, Misha Kavka
Supported by :  the Amsterdam School for Cultural Analysis (ASCA) and
The Netherlands Institute for Cultural Analysis (NICA)

La participation est gratuite et le nombre de places limité.
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Inscription UVA 15 juin 2026 : Colette SOLER