La Lettre du Temps Retrouvé, avril 2026
Le 6 mai 2026 | 0 Commentaires
Dessin de Plantu paru le 9 janvier 2015 dans Le Monde à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo, perpétré
le 5 janvier 2015 par les frères Kouachi.
Laurent Binet, Pascal Bruckner, Laure Adler, Frédéric Beigbeder, ou Sorj Chalandon ont des opinions politiques pour le moins éloignées. Pour autant, à la suite du renvoi brutal d’Olivier Nora, directeur des Éditions Grasset depuis 26 ans, ils ont décidé, avec 124 autres auteurs, de quitter cette prestigieuse maison.
« Les éditions Grasset étaient notre maison, particulière, car s’y côtoyaient pacifiquement des autrices et des auteurs qui n’étaient pas d’accord sur grand-chose. Olivier Nora en a été le rempart et le ciment par son élégance morale, sa disponibilité, et son engagement. Son licenciement est une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création. » (extrait de la lettre de départ publiée verbatim dans Le Monde, 16 avril 2026).
Saluons ce mouvement, unanime, d’autrices et d’auteurs capables de mettre de côté leurs opinions et leurs détestations, pour faire front commun contre le diktat d’un homme qui ne comprend manifestement rien au monde de l’édition et de la littérature.
Pierre-Pascal Bruneau
La Lettre du mois d’avril
Pierre Assouline dans son dernier essai nous dit combien les livres ont été importants pour lui, dans des moments difficiles de sa vie, et pourquoi ils nous donnent de l’espoir.
Qu’est-ce que Virginia Woolf et Marguerite Duras ont en commun ? Pas grand chose, si ce n’est une même passion, impérieuse et dévorante pour l’écriture. Deux essais, l’un sur l’autrice anglaise, l’autre sur l’indomptable Marguerite, nous font entrer dans leur univers, celui d’une création constante et d’une obsession pour la littérature. Enfin, un très intéressant essai, illustré par Jul, sur le devenir et l’évolution de la langue française, par Julie Neveux, linguiste reconnue pour son travail sur la langue telle qu’on la parle,
Côté romans policiers, après trois années d’attente depuis le décevant Sur la dalle (Flammarion, 2023), le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est de retour pour sa onzième enquête dans Une unique lueur, le tout nouveau Fred Vargas. Nouvelle enquête également pour Aurell Timescu, le consul déjanté, héros de Jean-Christophe Rufiin, qui le mène cette fois à Sainte-Hélène, territoire britannique perdu dans l’Atlantique Sud, tristement célèbre pour avoir été la dernière demeure de l’Empereur. Côté roman, les fans de David Foenkinos vont se réjouir et sans aucun doute adorer son nouveau livre dans lequel, comme toujours, il utilise habilement des thèmes très actuels, avec humour et sensibilité.Romans
Je suis drôle, David Foenkinos


Gallimard, Collection Blanche
Date de parution :
ISBN : 9782073152985, 192 pages

« Il faisait rire tout le monde au lycée, il avait pris goût à être au centre de l’attention, c’était presque devenu une drogue, mais est-ce que cela faisait de lui un artiste, un homme qui avait quelque chose à dire au monde ? Il se sentait comme un chanteur de karaoké applaudi un samedi soir et qui s’imagine être le nouveau David Bowie.
Que faire maintenant ? » p. 71

Contrairement à l’annonce du titre, le personnage n’est pas drôle ! Il s’agit de Gustave Bonsoir, jeune homme très tôt orphelin mais heureusement adopté et choyé par un couple de parents attentionnés. Marqué par sa petite enfance douloureuse et un peu gauche, Gustave découvre qu’il fait rire son entourage et que, par le rire, il est accepté et aimé. Fort de ses succès de lycéen, il décide de se lancer dans une carrière d’humoriste et tente sa chance dans une petite salle parisienne, et là, c’est… le fiasco ! Un échec si retentissant que voilà Gustave contraint à mentir, à se contenter de son emploi « alimentaire », à se renfermer, à perdre son grand amour. Un échec si retentissant que une agent le repère et se charge de sa carrière ; là, tout va changer ! Gustave connaîtra-t-il le succès ? retrouvera-t-il l’amour de Margot ?
Comme souvent, David Foenkinos régale le lecteur de personnages très bien croqués et, surtout, de fiction. Une vraie fiction, tout juste vraisemblable, qui pourtant dit si bien notre époque, écrite avec légèreté et malice. Voilà ce qu’on l’on aime chez cet auteur : sa capacité à saisir l’air du temps, à établir une complicité avec le lecteur, à jouer du romanesque pour mêler joliment comique et tragique.
Véronique Fouminet

La Nuit des juges, Hubert Haddad

Éditions Zulma Littérature
Date de parution : 12 Mars 2026
ISBN : 9791038704152, 240 pages

« Tout est pareil dans l’Au-Delà, si bien que nous y sommes peut-être déjà. Ce n’est pas Sérapis qui vous dira le contraire ; il passe d’un monde à l’autre vingt fois par jour, et la nuit venue, il s’endort à demi en travers de la frontière entre ici et là-bas, les pattes d’un côté et la tête de l’autre. » « Un livre légendaire » p. 125

Hubert Haddad, auteur et peintre, nous offre un très beau recueil de nouvelles. Dans ces quatorze textes brefs, voire très brefs, l’auteur sait créer en quelques lignes, quelques mots, une atmosphère, un univers, parfois réaliste, parfois fantaisiste, toujours teinté de poésie. Qu’il s’agisse d’enfant mal aimé, d’une étonnante soirée en Sologne, d’une librairie, de crime d’honneur ou d’un peintre hanté par des toiles inachevées, le lecteur est emporté, ravi par l’efficacité de la narration, le choix précis des mots, l’intensité des émotions pourtant dites par touches légères. Chaque récit explore les fragilités, les souvenirs secrets et laisse au lecteur une interrogation mélancolique et poétique sur la condition humaine. Le dernier texte est un magnifique hommage à… l’art de la nouvelle ! Un art ici magistralement illustré.
Véronique Fouminet

ESSAIS
Dans l’atelier de … Virginia Woolf, Monica Latham et Frédérique Amselle


Éditions Hermann
Date de parution : 19 novembre 2025
ISBN : 9791037032928,

« Lorsque que je vois une plume et de l’encre, je ne peux pas m’empêcher de les saisir, comme certains réagissent lorsqu’ils voient une bouteille de gin. » (Letters 1, P;168, cité page 17).

Dans l’atelier de … est une collection des Éditions Hermann. Acteur majeur de l’édition scientifique, cette maison d’édition a été fondée en 1876 et vient donc de fêter son 150ème anniversaire. Cette collection est consacrée à l’analyse du processus de l’écriture et de la création d’écrivains et d’autrices  » en suivant les gestes de l’écrivain en pleine action au milieu de ses notes, de sa correspondance, de ses brouillons, des livres de sa bibliothèque  » (Note des Éditions Hermann).

Virginia Woolf a, très tôt, dédié sa vie à l’écriture. Dès son plus jeune âge, elle rédige un petit journal intitulé Hyde Park Gate News (Hyde Park Gate était l’adresse de la grande maison familiale), dans lequel elle raconte des histoires que la vie quotidienne de sa famille lui inspire. Virginia Woolf écrivait, ou réfléchissait à son écriture, de façon constante. Leonard Woolf son mari, qui est aussi son éditeur, nous renseigne de façon précise et passionnante sur l’œuvre et l’écriture de son épouse. Dans son livre, Ma vie avec Virginia  (Les Belles Lettres, 2016, traduction de Micha Venaille), il constate :  » Je n’ai jamais connu un écrivain qui, comme elle, pensait, réfléchissait continuellement à son écriture, cherchait sans cesse une solution à tous les problèmes, qu’elle soit assise près du feu en hiver ou qu’elle sorte pour sa promenade quotidienne le long de la rive de l’Ouse. »  
Dans l’atelier de … Virginia Woolf mène d’abord le lecteur dans tous les lieux, d’écriture ou d’inspiration, où les romans et nouvelles de Virginia Woolf sont minutieusement préparés et écrits. La seconde partie du livre est une étude consacrée à trois textes : Mrs DallowayA Room of One’s Own et The Waves. Virginia Woolf a laissé de nombreuses notes, une multitude de brouillons et repentis qui nous permettent de découvrir, presque jour par jour, comment ses romans ont été créés. Tout aussi fascinantes sont ses réflexions sur l’écriture. C’est son journal, dans lequel elle consigne toutes ses réflexions, ses hésitations, ses interrogations, qui nous montre le mieux comment elle compose ses écrits. On découvre ainsi la difficulté et les angoisses qu’engendre la création :  » N’y aurait-il pas quelle qu’erreur dans ma méthode ? Un je ne sais quoi d’artificiel ?  (…) Je suis dans un état bizarre, ai conscience d’une cassure. » p.255
Loin de faire disparaitre la magie et le mystère qui nimbent les romans de Virginia Woolf, Dans l’atelier de …, en décrivant, presque chirurgicalement, leur processus de création, s’appuyant sur les écrits préparatoires de l’autrice, nous rend l’œuvre encore plus proche et plus envoûtante.
Pierre-Pascal Bruneau

Marguerite Duras. Dévorer, tout, Béatrice Gurrey

Éditions de L’aube et Le Monde
Date de parution : 20 février 2026
ISBN : 9782815965927, 224 pages

« Rien ne pourrait la faire taire, quoi qu’il en soit. Même après cette épisode funeste où elle proféra dans les pages de Libération, le 17 juillet 1985, sous le titre  » Sublime, forcément sublime Christine V. », son reportage sur le meurtre odieux d’un enfant de quatre ans dans la Vologne. » P.146

« Le roman est un mensonge qui dit toujours la vérité ». Cette phrase de Jean Cocteau ne saurait mieux définir l’œuvre de Marguerite Duras. Mêlant le vrai au faux, travestissant à plaisir la réalité, à commencer par sa propre histoire, Marguerite Duras dévore tout et fait feu de tout bois pour assouvir sa soif, intarissable, de raconter sans cesse des histoires. Sa vie, son quotidien, ses maris, ses aventures, ses rencontres, tout sert à alimenter son écriture. Il ne s’agit nullement d’autofiction ou de récits biographiques, mais d’une transposition puissante du réel en une fiction transcendée. Dans un entretien avec le journaliste Pierre Ceton cité par Béatrice Gurrey (p. 192), Marguerite Duras dit : « On est personne dans la vie vécue. On est quelqu’un dans les livres. »
Marguerite Duras. Dévorer, tout, s’appuyant sur d’importantes et précises recherches (Duras détruisait ses manuscrits mais elle conservait le moindre bout de papier, qu’il s’agisse de notes ou de listes de courses), nous permet de suivre l’autrice pas à pas depuis son enfance jusqu’à sa mort. De la rue Saint Benoit à Neauphle-Le-Château, en passant par les Roches Noires à Trouville, comme pour Virginia Woolf, Duras a une « Chambre à Soi », des lieux où elle crée. On y rencontre celles et ceux qui l’ont entourée et qu’elle a dévorés pour nourrir ses livres.
Marguerite Duras exerce sur tous ceux qui l’ont approchée, qu’ils l’admirent ou qu’ils la déteste, une puissante fascination. Bernard Pivot parle de son magnétisme, Pierre Assouline de l’envoûtement que procure sa voix. Quel destin que celui de cette petite femme dont le style est si caractéristique qu’il est devenu un adjectif. Si vous aimez Duras, Marguerite Duras. Dévorer, tout. vous donnera envie de la relire, et si vous ne l’avez pas encore lue, de vous plonger dans ses romans (commencez par Un barrage contre le Pacifique, son premier livre et un de ses plus beaux).
Pierre-Pascal Bruneau

Tenez bon, comment des livres nous donnent de l’espoir, Pierre Assouline

Robert Laffont
Date de parution :
ISBN : 9782221278277, 144 pages

« ‘Mon dieu, pourvu que je tienne jusqu’à l’aube.’ (…) ma phrase de chevet. Plus d’une fois elle m’a sauvé. Grâce a elle j’ai ressenti l’élan vital qui maintient la tête hors de l’eau.(…) Qui a lu le conte sait que la montagne peu donner des images à la peur. Prêtez l’oreille à l’écho qu’il renvoie de nos jours. L’homme est un loup pour l’homme. Les femmes en savent quelque chose. Désormais elle osent le dire. Combien de fois ont-elles dû espérer tenir jusqu’à l’aube. » p.61

Comme Pierre Assouline a raison, oui, certains livres nous aident à vivre et nous donnent de l’espoir. Plusieurs fois dans sa vie, alors qu’il se trouvait dans une situation périlleuse, certains livres l’ont aidé à surmonter l’angoisse et la peur. Il nous dit : « Surtout ne pas s’installer dans l’irréparable. » (p. 35).
Pris dans une tempête de neige, il croit sa dernière heure arrivée et c’est « L’instant de ma mort« , le titre du récit de Maurice Blanchot, qui lui vient à l’esprit. Puis, sans trop savoir pourquoi, c’est Le livre de Job et aussi une phrase de René Char d’une lettre écrite en 1941 à un ami dans la Résistance : « Nous sommes dans l’inconcevable, mais avec des repères éblouissants. »(p. 45) qu’il se remémore. Après des heures de marche, aveuglé par la neige, il prie, comme Blanquette, la chèvre de Monsieur Seguin « Mon dieu, pourvu que je tienne jusqu’à l’aube », lorsque finalement on vient à son encontre.
Pierre Assouline s’interroge :  » de quoi est-il question dans cette histoire de combat jusqu’à l’aube ? C’est de transgression qu’il s’agit. Quel prix est-on prêt à payer pour conquérir sa liberté ?  »
Il nous rappelle, on ne l’entend pas si souvent, que Paul Didier est le seul magistrat qui a dit non, refusant de prêter le serment indigne à Vichy et à son vieillard indigne. « De là me vient mon d’ordre intérieur, qui m’enjoint de tenir bon quand tout conspire à me nuire, à me tuer. » (p. 58). En ces temps incertains, Tenez bon, est un livre fort et salutaire.
Pierre-Pascal Bruneau

Avec la langue : Manuel de survie linguistique, Julie Neveux, illustrations de Jul

Éditions Grasset  et France Inter
Date de publication : 1er avril 2026
ISBN : 9782246846024, 240 pages

« Une langue vivante est en devenir. Notre lexique s’ajuste à nos nouvelle réalités, culturelles, sociétales, technologiques (…) L’humain est joueur, et impliqué, corporellement, dans le langage, où ses émotions transparaissent. Le français évolue ainsi, de façon créative, puisque la créativité s’adosse toujours au système existant. » p.145

Julie Neveux est une linguiste reconnue pour son travail sur la langue telle qu’on la parle. Rappelant qu’une langue ne reste vivante que si elle change, la chercheuse préfère s’intéresser à ce que dit le français contemporain plutôt qu’aux règles théoriquement strictes et atemporelles. Elle propose donc dans cet essai, à la fois rigoureux et léger, d’observer nos usages de la langue afin de les expliquer, d’en démonter les automatismes, les non-dits, de leur donner une place dans l’histoire. Chaque thème est traité de façon à la fois brève et efficace, parfois drôle, rendant les notions linguistiques accessibles et utiles. Le lecteur passe avec plaisir d’une analyse à l’autre, ponctuée des dessins de Jul, et prend davantage conscience de ce que chacun fait, avec la langue, loin des inquiétudes d’écoliers.
Un essai réjouissant.
Véronique Fouminet

Romans Policiers
Une unique lueur, Fred vargas


Flammarion
Date de publication : 8 avril 2026
ISBN : 9782080160713, 528 pages

« Et après ? se demanda-t-il. Depuis quand s’était-il privé d’une inconséquence ? Et ce dans le secret de son bureau, de son bazar et de ses choux blancs ? Après une dernière hésitation, il reprit son clavier et encoda sa recherche « crime rue de la Tour-des-Dames », et une date.
Chou blanc. » p. 244

Cette fois, Adamsberg est de retour ! Au sortir d’un diner avec Louis Veyrenc, le commissaire se retrouve face à un attroupement, entouré de gyrophares ; bien-sûr, il s’approche : pas de doute, c’est un crime. Et le voilà en charge, avec sa fine équipe. Fidèle à lui-même, le « pelleteur de nuages » mène l’enquête grâce à ses drôles d’intuitions, nées de ses pensées vagabondes puis éclairées par la culture de Danglard et soumises à la logique policière. Cette enquête se fonde sur un poème de Nerval et les conduit de Paris à Los Angeles sur les traces de Lauren Bacall… Le lecteur se réjouit des digressions, tant littéraires que cinématographiques, toujours servies par un langage à la fois précis et drôle. Le style de Fred Vargas, son goût des mots et expressions, dont elle aime jouer, ajoute au plaisir d’assembler les pièces, de tenter de résoudre l’énigme avant Adamsberg et ses acolytes, aussi attachants qu’efficaces. Logique et déduction remplacent violence et course poursuite : Fred Vargas comme on l’aime.
Véronique Fouminet

La folie Sainte Hélène, Jean-Christophe Rufin

Calmann Levy
Date de parution : 1er avril 2026
ISBN : 9782702187562, 264 pages

« Les grognards accusèrent le coup. Puis le grand maréchal se leva aussi prestement que son arthrose et son hanarchement le lui permettaient. Il posa sur Aurel qui était resté assis, tassé sur sa chaise, le regard qu’un commandant de cavalerie lourde jetterait à une escouade prussienne égarée avant de la tailler en pièces. » p. 87

Le consul Aurel Timescu, le héros des romans d’aventures de Jean-Christophe Rufin, dérange. Plus ou moins alcoolique, toujours débraillé, il affiche une incompréhension sincère et tenace pour les règles du monde feutré de la diplomatie française, règles qu’il bafoue avec application. Source d’embarras et de gêne, il est devenu la bête noire de tous les DRH du Quai d’Orsay qui ne savent plus quoi inventer pour s’en débarrasser. Cette fois, ils ont trouvé le moyen de l’éloigner : l’envoyer en mission sur l’île de Sainte Hélène, (perdue en Atlantique Sud à plus de 2000 kilomètres des côtes de l’Afrique), qui comme chacun sait à été la prison du plus illustre des prisonniers, l’Empereur Napoléon. Là, la France est propriétaire d’un minuscule territoire, encerclé par une Mare Nostrum anglaise, sur lequel sont situés les « lieux saints » et en particulier la petite maison de LongWood où le prisonnier a vécu les six dernières années de sa vie. Cette enclave est gérée par Hubert Bouise, un des grands spécialistes de Napoléon et aussi fonctionnaire du Quai, qui a le rang de consul et … qui a mystérieusement disparu.
Le culte de Napoléon rend fou ! Chaque année des milliers de « dingues » de l’Empereur débarquent à Saint Hélène, et en particulier ceux que l’on appelle les « Reconstitueurs », lesquels, vêtus d’uniformes tout à fait authentiques rendent hommage à leur idole. Bien évidemment anglais et français s’affrontent (pacifiquement !). Aurel Timescu est chargé de mener l’enquête, aidé d’un professeur d’histoire et d’une jeune et charmante étudiante. Pourquoi a-t-on fait disparaitre Hubert Bouise ? Qui l’a enlevé ? Des fanatiques du culte napoléonien auxquels le consul s’opposait ? L’antipathique marchand de memorabilia napoléoniens auquel il a refusé l’authentification d’un document ? Les anglais ? Vous le saurez en lisant La folie de Saint Hélènela dernière aventure de l’excentrique consul Timescu.
Pierre-Pascal Bruneau

Bandes dessinées
Frankenstein, David Sala, d’après Mary Shelley (ados et adultes)


Casterman
Date de parution : 15 avril 2026
ISBN: 9782203292710, 220 pages

(…) David Sala a été célébré pour son adaptation du Joueur d’échecs de Stefan Zweig (Casterman, 2017) et son récit familial Le poids des héros (Casterman, 2022). Mais la thématique de l’anormalité, des freaks, du personnage jugé effrayant ou repoussant car trop différent, est explorée depuis un moment par l’artiste, notamment dans ses albums illustrés (dont La colère de Banshee ou Féroce, écrits par Jean-François Chabas, Casterman, 2010, 2012). Avec Frankenstein, il trouve l’œuvre parfaite pour creuser davantage sa réflexion sur ce qui constitue un humain – la référence, en ouverture, à Blade Runner et ses robots devenus aussi humains que leurs fabricants, est limpide -, qu’il confesse liée à sa propre histoire. Ce sont d’ailleurs ses pages centrées sur la créature qui sont les plus impressionnantes et déchirantes. (…) Avec sa peinture appliquée au couteau, dans un geste aiguisé mais à la fragilité assumée, David Sala observe alors ses deux protagonistes évoluer en miroir, aspirés par un gouffre de folie, où ils se retrouvent dans la même humanité coupable et meurtrie. Longtemps, bien après le livre refermé, les cases muettes et le regard de la créature, enfant abandonné, hantent le lecteur. C’est là la marque des œuvres importantes, qui laissent une trace indélébile par-delà leur vernis de fiction à grand spectacle. (Extrait de la critique de Benjamin Roure, Livres Hebdo, 26 mars 2026)

Jeunesse
MO – Tome 2 : Le grand voyage de Mo, , Choi Yeonju, Traduit du coréen par Elvire Beaule

    
Hélium
Date de parution :
ISBN: 9782330220297, 168 pages

Paru en septembre 2024, L’étoile de Mo de la Coréenne Yeonju Choi a été multirécompensé et beaucoup traduit. Le petit chat Mo, inspiré de celui qui avait suivi le frère de l’autrice jusqu’à son domicile, reprend du service. Papicha, le grand-père de Mo, réparateur de ventilateurs de son état, a fort besoin de vis à tête étoilée pour poursuivre son travail. Mo se porte volontaire pour jouer le coursier jusqu’à la lointaine île de l’aïeul. Seulement voilà, très vite, le voyage devient périlleux. (…) Au terme d’un périple plein de rebondissements, Mo parviendra en pleine forme dans la cahute de Papicha qui, grâce aux précieuses vis étoilées, pourra s’adonner longtemps encore à sa lubie des vieux ventilateurs.
Poésie et humour se côtoient dans ce roman attachant. La talentueuse Yeonju Choi excelle à rendre vivantes les expressions de ses personnages dans ses illustrations subtiles et colorées. (Livres Hebdo, critique de Fabienne jacob, 27 avril 2026)