
« La poutre était de plus en plus lourde sur lui, son souffle même l’oppressait, impossible d’avaler sa salive, ses bras coincés empêchaient tout mouvement. Il ferma les yeux, une jeune femme lui apparut, puis une autre, des visages et des visages, un défilé de cauchemar. Elles avaient toutes le même âge à peu près, toutes avaient croisé sa route à un mauvais moment. Comme il regrettait tout ça… Il avait trop souvent cédé à la colère. Bien trop souvent ! » p.23
Dernier volet de la tétralogie Les années glorieuses, Pierre Lemaitre, avec Les belles promesses, met un terme à la saga de la famille Pelletier. Un récit sombre et prenant, qui mêle savamment l’intime et la grande histoire et qui annonce la fin d’une époque où tout paraissait possible. La trilogie Les enfants du désastre, couvre la Grande Guerre et le monde d’après, jusqu’à la Seconde guerre mondiale. L’auteur, dont l’ambition est de nous raconter tout le vingtième siècle, situe sa tétralogie pendant la période dite des Trente glorieuses, qui s’est écoulée des années cinquante jusqu’au choc pétrolier de 1973. Une époque de forte croissance économique, où l’on croyait que la société de consommation et le confort matériel, le béton et le patriarcat, apporteraient, pour toujours, le bonheur et la paix. Dans ce dernier volet, vous retrouverez Jean (Bouboule), aux côtés de sa femme, l’horrible Geneviève, une mégère qui continue à terroriser son monde et fait feu de tout bois pour accroitre sa richesse. François, qui mène une enquête qui va le conduire inexorablement à découvrir, à son corps défendant, qui est le meurtrier d’innocentes jeunes femmes. Dans ce dernier volume, Philippe et Colette, les enfants de Geneviève et de Jean, chacun à sa façon, se rebellent contre leur monstre de mère. Rébellion aussi, d’un jeune et ambitieux agriculteur, contre le pouvoir des nantis, des possédants. Pierre Lemaître, avec le talent qu’on lui connait, clôt cette longue saga avec brio et nous donne grande envie de savoir comment il va nous conter les dernières décennies du siècle passé.
Pierre-Pascal Bruneau
Une pension en Italie, Philippe Besson
Éditions Julliard
Date de parution : 8 Janvier 2026
ISBN : 9782260056782, 240 pages
« Paul a lancé : « Si j’ai un conseil à te donner, en ce jour particulier où la vie s’ouvre devant toi, où l’avenir t’appartient, c’est : sois toi-même, ne triche pas, ne t’oblige pas à faire ce qu’on attend de toi pour plaire aux autres, emprunte ton propre chemin, va au bout de tes envies, sinon c’est elles qui viendront à bout de toi. » Paul, (…), n’était, (…) guère coutumier de ce genre de soliloque et de dissertation amère, Samuel en a donc été marqué. » p. 50
Le roman s’ouvre sur l’affirmation de l’existence d’un secret de famille. Le silence a été imposé par la grand-mère du narrateur. Quand celle-ci décède, il interroge sa mère, qui, d’abord, reste dans le refus, il mène donc l’enquête seul. Puis, quelque temps avant sa propre mort, la mère accepte qu’il raconte leur histoire. Le nouveau roman de Philippe Besson peut donc commencer. C’est l’histoire d’une famille classique, dans les années soixante, en France ; les deux parents semblent unis, chacun occupe un poste dans lequel il est apprécié et les deux filles grandissent sagement. Le père, professeur d’italien, organise les vacances familiales : ce sera la Toscane. Il se charge d’organiser itinéraire, location et visites dont il sera le guide. Le lecteur s’apprête à suivre avec plaisir la découverte de cette belle région. Tout se passe comme prévu, jusqu’au jour où, alors que mère et filles suivent le programme établi, souffrant, le bon père de famille doit garder la chambre …
On connaît le goût de Philippe Besson pour l’auto fiction et le jeu sur la frontière entre semi-vérité et mensonge ; mais, cette fois, peu importe. Même si le récit est à la première personne, même si le lecteur se dit bien, ici ou là, que le narrateur n’est autre que l’auteur, la portée du roman est universelle : Comment assumer d’être pleinement soi-même ? Vaut-il mieux risquer le drame, blesser ceux que l’on aime, affronter les normes sociales ou n’être jamais heureux ? Voilà la question qui est tranchée au cours du fameux été 1964. Philippe Besson nous offre un beau roman, dans lequel il mêle efficacement sensibilité et critique sociale.
Véronique Fouminet
La femme qui inventa l’amour, Alexandre Jardin
Michel Lafon
Date de parution : 8 janvier 2026
ISBN : 9782749963129, 320 pages
« Tous deux savent que l’essence de l’amour n’est pas le bavardage, mais la connexion, le droit qu’on se donne de changer-valdinguer-renaître ensemble. » p.168
Nous sommes en Chine, au XIIIème avant notre ère. Un vieux roi règne sur cet immense territoire. Il a deux enfants, Kong, un fils dur et fourbe, et Xi, une fille rêveuse et belle. C’est cette femme qui, pour Alexandre jardin, « inventa l’amour ». Dans ce royaume, sans poésie, les émotions sont interdites. Pourtant le jeune prince Cheng se moque des conventions et défie le pouvoir royal avec humour et charme. Alors qu’il s’échappe en courant sur un fil, s’improvisant funambule pour ne pas tomber aux mains de soldats du roi dont il s’est moqué, il aperçoit la princesse XI. Ce sera le début d’une idylle. Xi et Cheng sont foudroyés par un sentiment inconnu : ils viennent d’inventer, c’est à dire de découvrir, de mettre au jour, l’amour. Ce sentiment puissant, absolu qui les submerge, va amener les deux amants à défier le pouvoir. Le roi, amusé par Cheng et ému par sa fille, est fasciné par ce qu’il considère comme une folie. Dès lors, il protège les amoureux comme il protège folles et fous, peut-être parce qu’ils sont seuls capables de ressentir des émotions et de vivre avec passion. Mais le souverain n’est hélas pas éternel. À la mort du vieux roi, Kong lui succède. Comment Kong, qui voue une haine féroce à Cheng, va-t-il réagir ? Quel sera le sort des deux héros ? Un conte merveilleux, d’un autre temps, un roman historique fondé sur des faits réels, l’histoire d’un amour fou, un récit à la fois drôle et touchant, qui séduira celles et ceux qui aiment l’esprit frondeur et original d’Alexandre Jardin.
Pierre-Pascal Bruneau
Philip & moi, Colombe Schneck
Stock
Date de parution : 7 janvier 2026
ISBN : 9782234096011, 360 pages
» Il est ‘ce maître en navigation dans les plus noirs couloirs de la sexualité’, il est ce monstre jouant avec les femmes. Odieux ! Pervers ! Manipulateur ! Radin !
Mais elle est prête à lui pardonner parce que tout cela n’est la faute que d’une seule personne, une autre femme, une voisine, une amie (…) » p.245
Philip Roth est considéré comme un des plus grands écrivains contemporains. Encensé par les critiques, adulés par les femmes, l’auteur de Portnoy et son complexe (Gallimard 1970) et de Complot contre l’Amérique (Gallimard, 2004), fascine Colombe Schneck. Dans ce nouveau roman, elle mêle habilement fiction et réalité. Nous sommes en 1991, Esther, une jeune fille de 19 ans, issue d’un milieu parisien juif, bourgeois et émancipé, est accueillie comme jeune fille au pair par Francine du Plessix, une journaliste, critique littéraire et autrice franco-américaine. Francine a une obsession : son voisin, qui n’est autre que Philip Roth, alors âgé d’une cinquantaine d’années, est déjà très célèbre. Francine et Philip, d’abord plus ou moins attirés l’un par l’autre, développent une amitié distante qui va rapidement se transformer en véritable haine. C’est effectivement ce qui s’est réellement passé et qui donnera à Philip Roth, pour partie (une lettre anonyme envoyée par Francine du Plessix à Claire Bloom, l’épouse de l’écrivain), la matière d’un roman (La tache, Gallimard, 2002, Prix Médicis étranger 2002). Des années plus tard, la jeune fille au pair devenue à son tour journaliste, revient aux États Unis, alors que les deux protagonistes sont morts, (Philip Roth en 2018 et Francine du Plessix en 2019), pour écrire cette histoire d’amour et de haine. Pour Colombe Scheck, Philip Roth est un homme pervers, obsédé sexuel, misogyne, phallocrate, dominateur et manipulateur, usant de sa notoriété pour séduire de très jeunes filles. Pourtant l’autrice, comme beaucoup de femmes d’alors et d’aujourd’hui, l’adule, l’envie et l’excuse. Ce qui rend le roman intéressant est que Colombe Schneck ne se pose pas en procureur, en accusatrice, mais plutôt en témoin. Un témoin que le recul donné par le temps, plus de cinquante années, rend objectif et neutre. Elle ne juge pas. Elle ne fait que décrire les sentiments, le ressenti, des unes et des autres. Philip Roth, dans l’écriture de ses romans intimistes, s’est très largement inspiré de sa vie. Colombe Schneck montre, comme pour Céline ou Proust, qu’il est dangereux, et assez vain, d’identifier le narrateur à l’auteur, même s’il est parfois difficile de dissocier la vie d’un écrivain de son œuvre.
Pierre-Pascal Bruneau
Les années souterraines, Hugo Lindenberg
Flammarion
Date de parution : 7 Janvier 2026
ISBN : 9782080427656, 272 pages
« Quand les gens me parlent de leurs souvenirs d’enfance, quand ils disent qu’ils ont été heureux enfants, je ne les crois pas et même je ne les envie pas, parce que je n’arrive pas à lier ces deux mots, enfance et bonheur, même pas en imagination. Pour moi, l’enfance, c’est un deuil dans une crypte, c’est l’attente d’autre chose, c’est une envie de fuir, un dégoût. J’hérite du tombeau dans lequel il m’a fait grandir. » p. 114
Hugo Lindenberg nous avait touchés avec un beau récit d’amitié enfantine dans Un jour ce sera vide, qui avait reçu le Prix du livre Inter et le Prix Françoise Sagan en 2021.Cette fois, il s’agit de raconter quelques jours dans la vie d’un homme. Installé en Californie, heureux en amour et dans sa vie d’architecte reconnu, le narrateur doit revenir à Paris pour s’occuper de l’appartement de son père décédé. Il a reporté longtemps cette corvée qui, immanquablement, le ramène à sa triste enfance ; mais, à l’occasion d’un déplacement professionnel, et à la surprise générale, il s’arrête à Paris et ose affronter ses souvenirs. Le roman s’ouvre sur une scène qui contient déjà toute la désolation de cette période : un appartement négligé où il vit avec un père qui le néglige ! Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, le narrateur ne se pose pas en victime mais en observateur : il revoit et tente de comprendre à la fois son père et l’adulte qu’il est lui-même devenu. Le lecteur est touché par l’enfant triste, mais, surtout emporté par la qualité de l’écriture : des scènes efficaces, une langue précise, parfois poétique, teintée d’humour, aux images étonnantes qui font mouche, une remarquable capacité à traduire les sensations et émotions, aussi troubles soient-elles pour le personnage lui-même. Le récit avance en alternant passé et présent, chagrin et appel de la vie, et, par touches successives, se dessine une esquisse du portait de ce père aussi traumatisé que coupable. Installé dans le quartier, rencontrant les habitants de l’immeuble, le narrateur trouvera-t-il la force de pousser la porte de l’appartement ? Que découvrira-t-il dans ce lieu qui résume toutes ses angoisses ?
Un magnifique récit aussi subtil que touchant.
Véronique Fouminet
L’assassin du genre humain, (la véritable histoire du Docteur Petiot), Tobie Nathan
Stock
Date de parution : 7 janvier 2026
ISBN : 9782234094154, 432 pages
» Il le regarda d’un air méchant avant de répondre :
– Les mains sales… Allons ! Moi, au moins, je ne me suis pas sali la main en prêtant serment à Pétain, le maréchal Putain !
(…) Les deux magistrats se turent, comprenant alors qu’ils avaient à faire à plus fort qu’eux en matière de réthorique. » p.342
Jade Joselewicz, jeune et brillante étudiante en droit, est fascinée par le docteur Petiot qui assassina soixante-sept personnes (probablement beaucoup plus), pendant la seconde guerre mondiale. Marcel Petiot a été guillotiné en mai 1946 à l’issue d’un retentissant procès d’assises. La thèse de Jade est que, Comme Gilles de Rais, auteur, au quinzième siècle, de l’assassinat de dizaines de femmes (qui inspira, dit-on la Barbe-bleue de Perrault), Petiot ne serait que le pur produit d’une époque. Un monstre, symbole d’une période monstrueuse, celle de l’extermination des juifs et de la collaboration. Or, ce qui caractérise les crimes de Petitot c’est que presque toutes ses victimes sont juives. Jean-Marc Dreyfus, dans un ouvrage intitulé L’affaire Petiot et la Shoah, un tueur en série sous l’Occupation, paru en mars 2025 chez Grasset, montrait que, pour la première fois, lors du procès de celui que l’on surnommait le Docteur Satan, la Shoah était évoquée publiquement. Tobie Nathan montre, lui aussi, en quoi le Docteur Satan et la persécution des juifs en France, par la Gestapo et les « collabos », sont intimement liés. À période exceptionnelle, criminels hors normes, c’est le fondement de la thèse de la jeune étudiante en criminologie. Tobie Nathan, sous la forme d’un dialogue entre l’élève et le professeur Nagral, son directeur de thèse, développe cette proposition. Petiot serait un idéologue, un témoin, mais aussi un des acteurs de la barbarie d’une période sombre de l’histoire de l’État français et de la France. Le brillant spécialiste de l’ethnopsychiatrie (alliance de la psychiatrie et de l’ethnologie), nous montre, avec érudition mais dans un langage simple, en quoi un criminel monstrueux comme Petiot est le symbole d’un monde en crise profonde.
Pierre-Pascal Bruneau
Mouette, Dimitri Rouchon-Borie
Le Tripode
Date de parution : 15 Janvier 2026
ISBN : 9782370554802, 224 pages
« Arrivé enfin au bord du trou, je peux redresser la tête et la lampe vient éclairer un peu le contrebas. Ce n’est pas un trou, dit la lampe, ce n’est pas un trou. C’est un coude bâtard. Je vais d’abord tomber à la verticale, mais je devrai me glisser à droite immédiatement, moins de deux mètres plus bas. J’ai toujours détesté la géométrie et voilà qu’elle me condamne. » p.11
Dès les premières lignes, le narrateur plonge le lecteur dans un univers déroutant. Il se réveille un matin, dans l’obscurité, coincé le long de parois humides et froides. Où est-il ? Pourquoi est-il là ? Nul ne le sait. Happé par l’efficacité du style et l’étrangeté de la situation, le lecteur suit immédiatement le personnage dans ses reptations afin d’explorer cet endroit, qu’il nomme le Boyau. Il s’agit, manifestement, d’un immense labyrinthe qui semble vivant et décidé à garder son prisonnier. Le lecteur cherche aussi à comprendre, se demande s’il s’agit d’un cauchemar, d’une cruelle épreuve, d’une métaphore, du délire d’un fou et se laisse emporter par le récit à la fois étrange, troublant et poétique. Puis, le personnage, qui dit s’appeler Lester, découvre un magnifique lac, se repose enfin, mais… reçoit un choc sur la tête ! Il vient de rencontrer des hommes. Amis ou ennemis ? Ont-ils les explications ?
Dimitri Rouchon-Borie nous propose un roman à la fois sombre et lumineux, intelligent, déconcertant, captivant, parfois dérangeant et au dénouement étonnant.
Véronique Fouminet
Le visage de la nuit, Cécile Coulon
Éditions de l’Iconoclaste
Date de parution : 8 Janvier 2026
ISBN : 9782378805715, 275 pages
« Votre vie sera plus difficile que la leur, vous souffrirez longtemps de ne pas être comme les autres, mais j’ai toute confiance : vous saurez faire naître autre chose que du chagrin de cette figure. Je vous promets que vous vivrez, et que vous saurez ce que c’est que d’être heureux. » p.43
Le roman s’ouvre sur la description d’un visage totalement ravagé : celui d’un petit garçon, certes sauvé d’une terrible fièvre mais violemment défiguré, à jamais. Nous sommes, à nouveau, dans le petit village du Fond du Puits, village de contes cruels, à une époque indéterminée. Le père se révèle incapable d’affronter la monstruosité de son fils et, ivre de colère, s’enfuit. Nul n’appréciait cet homme violent, nul ne le plaint. Mais, l’enfant ? Que peut-il devenir ? C’est le prêtre qui le prend sous son aile, le nourrit, l’éduque et le cache aux yeux des villageois. Bon élève et gentil garçon, il grandit cependant et a besoin d’espace ; ce sera donc la nuit qu’il courra les bois. La vie semble pouvoir s’écouler ainsi, mais, de nouveaux habitants arrivent au village, eux aussi protecteurs d’un étrange secret. Le garçon les rencontrera-t-il ? Trouvera-t-il, comme l’espère le prêtre, une place, respectée, dans ce monde cruel, prompt à la violence ? Cécile Coulon offre un conte gothique dans lequel le lecteur retrouve avec plaisir ses thèmes récurrents : la nature, l’adolescence, la violence et le poids des secrets. Mais, dans ce conte pour adultes, à la langue ciselée, nul n’échappe à la noirceur et même l’amour est incapable de sauver le héros. Un récit parfaitement maîtrisé, à la fois beau et triste, entre obscurité et lumière.
Véronique Fouminet
Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan
Gallimard, Collection Blanche
Date de parution : 15 janvier 2026
ISBN : 9782073113252, 336 pages
« Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j’exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide… qui n’existe plus. »
Qui est Romane Monnier ? D’elle, il ne reste qu’un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar. (4ème de couverture)
« Une formidable réflexion sur l’objet dont on ne peut plus (et devrait) se passer : le smartphone, devenu la boîte noire de nos existences. » Livres Hebdo
Essais, récits
Protocoles, Constance Debré
Flammarion
Date de parution : 7 janvier 2026
ISBN : 9782080436542, 144 pages
» La loi rend toute littérature obsolète. J’ai lu j’ai traduit j’ai recopié le document. Il n’y avait rien à retrancher. Il n’y avait rien à ajouter. Ni Dante ni Dostoïevski ni Camus ni Kafka etc. J’étais dans la cuisine de l’appartement que j’occupe quand je vais là-bas. J’y passais beaucoup de temps depuis deux ans. Ou trois je ne sais pas. Et depuis deux ans je ne lisais que des protocoles d’exécution. » p.11
Michel Houellebecq se plait à reproduire le mode d’emploi d’appareils ménagers. Ici, il s’agit de modes d’emploi de tout autre chose : les vade-mecum ou notices pratiques pour mener à bien une exécution capitale aux États-Unis : Chaise électrique, peloton d’exécution, injections létales, chambre à gaz etc. La précision des protocoles rapportés, scrupuleusement, par Constance Debré, est glaçante. Ce qui l’est plus encore c’est la lecture des compte-rendus que s’est procurés l’autrice. L’incompétence de ceux qui ont la responsabilité de donner la mort est source de souffrances inouïes. Ces protocoles et ces rapports constituent, par eux seuls, mieux qu’une savante démonstration, le plus fort plaidoyer contre la peine de mort. Comme Hugo, qui, il n’a alors que 25 ans, décrit dans Le dernier jour d’un condamné, les heures qui précèdent l’exécution, puis l’exécution elle même, Constance Debré, par la seule description de ces procédures, entre-coupée de courts textes de liaison (et aussi d’épisodes de sa vie aux États-Unis, se qui rend la lecture du livre supportable), de l’avant et du pendant, nous donne à lire un formidable réquisitoire contre la peine de mort. Un texte sec, dur, puissant qui ne laissera aucun lecteur indifférent.
Pierre-Pascal Bruneau
Le trait de côté, Christophe Boltanski
Stock
Date de parution : 7 janvier 2026
ISBN : 9782234096097, 288 pages
« Ouvrir un tiroir c’est comme fouiller une plaie » p. 129
Après La Cache, histoire de sa famille paternelle, une famille de grands médecins et d’intellectuels juifs, Christophe Boltanski consacre son nouveau livre à sa famille maternelle. Le trait de côte nous transporte en province, en Normandie, dans la petite ville côtière de Barfleur. Nous suivons le chemin côtier emprunté par les contrebandiers et par son ancêtre douanier, un solitaire neurasthénique et dépressif. Dans sa maison de famille, à Barfleur donc, il découvre, en ouvrant des tiroirs, en fouillant sans idée précise, de vieilles photos, et surtout des poèmes dont il ne connait pas l’auteur (ou l’autrice). Intrigué et touché par ces courts et simples écrits, il part alors à la recherche des fantômes qui hantent cette maison battue par les vents et la pluie, une maison construite sur une terre rongée par la mer. Christophe Boltanski, au hasard de ses découvertes, nous emmène alors loin de la Normandie, dans un sanatorium du Sud de la France, où il nous fait rencontrer des instituteurs communistes, des résistants, et toute une galerie de personnages. Certains sont attachants, d’autres moins, comme l’ancêtre douanier, qui est peu sympathique. L’auteur parle, avec beaucoup de sensibilité et de pudeur, de sa famille et de la vie de tous ces gens, des drames et parfois des tragédies que sont ces vies « minuscules ». Christophe Boltanski, comme l’a fait avant lui Pierre Michon, raconte, sans juger, pour témoigner, comme si la mer, qui ronge et englouti, inexorablement, jour après jour, la terre de Barfleur, allait bientôt emporter toutes ces vies.
Pierre-Pascal Bruneau
Querelle à la française, Bertrand Guillot
Éditions Les Avrils
Date de parution 22 janvier 2026
ISBN : 9782383110422, 240 pages
« Jeanne d’Arc devient immédiatement l’un des piliers de La Cité des Dames, comme un messie au féminin qui viendrait annoncer l’ère nouvelle où enfin les femmes seront considérées à la hauteur de leurs talents. N’est-ce pas là une idée révolutionnaire ? Christine se doute bien, en achevant son texte, que son contenu ne plaira pas à tout le monde. » p.185
Bertrand Guillot aime se plonger dans les archives afin de mieux raconter l’Histoire. Cette fois, il s’apprêtait à raconter l’année 1515. La remarque d’une amie le pousse à s’intéresser davantage aux femmes de cette époque plutôt qu’aux hommes. Il reprend donc ses recherches et rencontre Christine de Pizan. Elle est, certes, connue pour être la première femme de lettres qui vécut de sa plume, mais les détails de sa vie, l’ampleur de sa célébrité à son époque restent peu connus. L’auteur découvre alors qu’elle fut aussi à l’origine de la première controverse littéraire de la littérature française : celle autour du Roman de la rose ! C’est avec brio que Bertrand Guillot raconte comment se sont violemment opposés Christine et Jean de Montreuil, Prévôt de Lille, fin lettré ami des princes. Celui-ci voyait en ce roman de Jean de Meun une merveille de savoir et de subtilité, quand Christine n’y lisait que misogynie et immoralité. Le débat enflamme le tout Paris de 1399 ! Qui l’emportera ? Le talent de l’auteur est non d’exposer mais de raconter, de donner vie à cette époque. Si le lecteur apprend beaucoup, il est tout autant charmé par la qualité du récit. De plus, le narrateur commente lui-même son travail et ne manque pas de souligner, parfois avec audace, combien ces questions médiévales ressemblent à celles de notre époque : la place des femmes, la guerre aux portes, le rôle des puissants, le pouvoir de la littérature. Un roman historique passionnant, à la fois enlevé et érudit.
Véronique Fouminet
Bandes dessinées
L’escadron bleu, 1945, Le Pon et Ollagnier
L’Escadron bleu, 1945
Virginie Ollagnier, Yan Le Pon
Dupuis, collection Aire Libre
Date de parution : 16 janvier 2026
ISBN : 9791034768516
Madeleine Pauliae a seulement 51 ans quand, médecin pédiatre à l’Hôpital des enfants malades à Paris, elle s’engage dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Engagée dans l’armée en tant que médecin-lieutenant des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), elle est envoyée à Moscou puis à Varsovie par le Général de Gaulle avec un groupe d’infirmières-ambulancières pour assurer le rapatriement sanitaire des Français retenus prisonniers par Staline. Ceci est l’histoire de ces femmes héroïques, celles de l’Escadron bleu ! Avec l’Escadron bleu, 1945, la collection Aire Libre rend à nouveau hommage aux femmes résistantes et engagées dans la Seconde Guerre Mondiale. Cette adaptation en bande dessinée du récit Madeleine Pauliac, l’insoumise de son neveu Philippe Maynial, lève le voile sur l’un des plus grands pointe de bascule de l’Histoire du 20e Siècle : la chute de l’Allemagne nazie et la tombée du rideau de fer soviétique sur l’Europe de l’Est. (Note de l’éditeur)
Jeunesse
Bordeterre, Julia Thévenot, à partir de 13 ans
Sarbacane
Date de parution : 7 janvier 2026
ISBN : 9791040809036
Retrouvez l’écriture virevoltante et l’imaginaire inventif de Julia Thévenot en format poche !
Inès, 12 ans, est le genre à castagner ceux qui cherchent des embrouilles à son frère, Tristan, autiste de 16 ans. Tristan lui, est plutôt du genre à regarder des deux côtés avant de traverser. Mais ce jour-là, il ne parvient pas à retenir sa sœur qui, courant après son chien…
… bascule dans un univers parallèle. Bordeterre. C’est le nom de cette ville, perchée sur une faille entre deux plans de réalité. Les gens qui y tombent ne peuvent plus la quitter. On y croise des gamins qui chantent pour faire tourner un moulin, des châtelains qui pêchent des cailloux, des ferrailleurs rebelles qui font tirer leurs caravanes par des poules… et des créatures étranges.
Inès, par nature, est ravie. Elle explore, renifle le derrière de Bordeterre avec une joie souveraine, comme le chien qu’elle a suivi. Tristan est plus inquiet : il y a quelque chose de pourri dans cette ville. (Note de l’éditeur)
Pour les petits
La série, Monsieur Blaireau et madame Renarde, Brigitte Luciani (Scénario), Eve Tharlet (Dessins)
À partir de 4 ans
Monsieur Blaireau vit dans un terrier avec ses trois enfants. Un jour Madame Renarde et sa fille pénètrent dans leur « maison », en quête d’un nouveau foyer. Commence alors une cohabitation entre les deux familles… Cette série clairement destinée à un public de jeunes lecteurs (dès 4 ans) par deux auteures venues de l’édition jeunesse a déjà remporté un vif succès dans plusieurs pays et a reçu de nombreux prix. Un « bonbon » savoureux à déguster ! (Note de l’éditeur)
Anatole Latuile, T19, Tous aux abris ! Anne Didier (Scénario), Olivier Muller (Scénario), Clément Devaux (Dessins), de 7 à 11 ans
Bayard Jeunesse
Date de parution : 7 janvier 2026
ISBN : 9791036390074
Quand les bêtises d’Anatole se transforment en aventures : Tous aux abris !