| Trois livres caracolent en tête et sont les favoris des grands prix littéraires, trois livres éminemment personnels, dans lesquels les auteurs parlent d’eux mêmes. Il s’agit de Kolkhoze (P.O.L) d’Emmanuel Carrère, La maison vide (Minuit) de Laurent Mauvignier (lauréat du prix littéraire « Le Monde » 2025) et de La nuit au cœur (Gallimard) de Nathacha Appanah. La troisième et dernière sélection du Goncourt, a, sans trop de surprise, retenu ces trois auteurs. Le quatrième livre de cette ultime sélection, avant que le Goncourt ne soit décerné le 4 novembre prochain, est celui de Caroline Lamarche, Le bel obscur (Seuil). Pourtant éliminé de la deuxième sélection, il est à nouveau sélectionné. Passagères de nuit (Sabine Wespieser), de la romancière haïtienne Yannick Lahens, ainsi que Le Crépuscule des hommes (Robert Laffont) d’Alfred de Montesquiou, font un parcours remarqué et sont dans la dernière sélection (de trois livres) du grand prix du roman de l’Académie française. Kolkhoze n’est donc plus sur la liste du grand prix du roman de l’Académie française, mais il l’est toujours sur celle du Médicis. La nuit au cœur est, en plus du Goncourt, en lice pour le Renaudot, ainsi que pour le Fémina, qui a aussi retenu La maison vide dans sa dernière sélection. Le livre de Laurent Mauvignier fait aussi partie de la sélection du Médicis. Nous avions déjà lu pour vous (voir la Lettre de septembre) La maison vide, que nous avons vraiment beaucoup aimé et qui est notre favori. Dans la Lettre de ce mois, nous faisons la revue de Passagères de nuit et de Le Crépuscule des hommes, ainsi que de Kolkhoze. Bien d’autres livres nous ont séduit, comme le nouveau roman de David Diop, Où s’adosse le ciel, qui est sélectionné pour le Goncourt des lycéens, avec les trois livres favoris déjà cités, mais aussi avec Passagères de nuit et Le Crépuscule des hommes. Nous avons aimé d’autres livres de cette rentrée 2025, comme Les bains de Kiev (Éditions DianaLevi), d’Andreï Kourkov, traduit du russe par Paul Lequesne, ou encore l’important essai, La culture du féminicide (Seuil), d’Ivan Jablonka. Événement pour petits et grands : le nouvel Astérix, Astérix en Lusitanie, est paru cette semaine. Bonne lecture !Ps. Réservez vos places pour Tapis Rouge, le festival commence ce jeudi 30 octobre ! Regardez la bande-annonce du festival en cliquant ici : Bande-annonce Tapis Rouge 2025Pour voir le programme de cette 7ème édition cliquer ici : ProgrammeRéserver vos places : https://www.ketelhuis.nl/specials/tapis-rouge-frans-filmfestival/_______________________________________________ Romans Où s’adosse le ciel, David Diop ![]() Julliard Date de parution : 14 Août 2025 ISBN : 9782260057307, 368 pages « (…) il fit un détour hors de la ville pour aller regarder la plaine qui s’étendait au-delà de la rivière Bani. Elle devait être restée égale à elle-même depuis que le temps immobile avait transformé Djeno en Djenné. Verte à perte de vue, apaisante, invariablement prise dans un voile de brume rose au couchant. C’était là, sans doute, que les Égyptiens et son malheureux ancêtre avaient campé de longues semaines avant de repartir vers l’ouest, le pays d’Osiris et des Morts, où le ciel s’adosse à la montagne de Bakhou. » P. 243 Le roman s’ouvre sur des phrases brèves montrant un homme, presque nu, abandonné près du lazaret de Djeddah. Cependant, il n’est pas tout à fait pauvre : Bilal Seck est un griot et il est le soixante-douzième passeur de l’histoire des ses ancêtres, « le chant des origines ». S’ouvre alors un double récit, dans une autre chronologie : le récit mythique de son peuple, exilé de l’Egypte vers l’Afrique. Tout au long du roman, David Diop mêle avec élégance les deux récits et le lecteur suit à la fois l’épopée antique et le roman d’émancipation de Bilal, Sénégalais de la fin du XIXème siècle, abandonné par son maître lors d’un pèlerinage à la Mecque. Les deux destins semblent se répondre : le scribe narre le départ forcé d’Egypte, Bilal s’efforce de rejoindre le Sénégal. Leur route est un destin, relayé par la parole. Le lecteur se laisse emporter, envoûter par les deux récits, relevant à la fois du conte et du roman et c’est avec plaisir qu’il suit les rencontres et rebondissements. Bilal, au sang impur selon le mythe fondateur, se reconstruit au fil des événements, participe à la transcription de l’histoire et devient son propre maître, après le destin. Il devient la voix universelle qui interroge les hiérarchies et illustre le pouvoir de la mémoire mise en mots. David Diop signe un très beau roman, dont les thèmes sont bien plus contemporains qu’il n’y paraît. Véronique Fouminet Les promesse orphelines, Gilles Marchand Éditions Aux Forges de Vulcain Date de parution : ISBN : 9782373058482, 288 pages « Les profs me répétaient : ‘On se réveille Gino ! ‘. Comme si je dormais… Ou alors : ‘ Toujours dans la lune Gino ? ‘ Alors que j’y étais pas : j’étais dans l’Aérotrain à 400 kilomètres-heure. Je glissais au dessus du sol avec tout le village dans la cabine. Et que ça m’encourageait et que j’étais un pilote d’enfer, et que ça me certifiait que je ferais quelque chose de ma vie . » p.136 Gilles Marchand, auteur du très célébré et récompensé Le soldat désaccordé (Éditions Aux Forges de Vulcain, 2022), nous revient avec un roman nostalgique. L’histoire parlera à nos lecteurs et lectrices « babyboomers », ceux qui ont connu les années soixante et soixante-dix, quand la France était peu endettée et le chômage à des seuils aujourd’hui considérés comme le plein emploi. Ces années là, ce sont aussi celles des rêves technologiques, des inventions supposées révolutionner le monde. Si vous prenez le train vers le sud-ouest, entre Paris et Orléans, vous verrez, à quelques centaines de mètres, au milieu des champs, couverte de graffiti, une voie de béton suspendue qui court sur plusieurs dizaines de kilomètres. Cette voie, c’est la ligne expérimentale d’un mode de transport révolutionnaire : l’Aérotrain. Le choc pétrolier de 1973 et la technocratie giscardienne ont tué ce beau rêve. Comme beaucoup d’autres, cette promesse est devenue orpheline. C’est le décor et l’arrière plan de ce touchant roman. Gino rêve de l’Aérotrain et veut devenir ingénieur. Il aime Roxane qui veut devenir comédienne. Gino écrit alors à Jean Bertin, l’ingénieur qui a inventé l’Aérotrain. Lycéen. Il veut, comme lui, inventer des choses et devenir ingénieur, et il lui demande conseil pour y parvenir. Bertin lui répond qu’il faut travailler dur et « faire Polytechnique », comme lui, « ou alors Les Ponts et chaussés ». Mais les résultats scolaires de Gino ne sont pas, hélas, à la hauteur de ses ambitions. Pourtant il persévère et s’obstine. Gilles Marchand nous raconte avec justesse et sensibilité l’histoire de ces deux adolescents qui parviendront, chacun à leur manière, suivant un chemin fait de déceptions et de joies, à réaliser leur rêve. Un beau roman, plein de la nostalgie d’une époque où l’on croyait encore qu’un homme tel que Ghandi, Raymond Kopa ou Gagarine, pouvait, à lui seul, changer le monde. Pierre-Pascal Bruneau Passagères de nuit, Yanick Lahens Éditions Sabine Wespieser Date de parution : 28 août 2025 ISBN : 9782848055701, 232 pages » Mon général, mon amant, mon homme, je m’étais taillé un cœur à cette mesure là, entre ciel et eau, force et foi. » p.119 Yanick Lahens, autrice du très beau Bain de lune (Éditions Sabine Wespieser, Prix Femina 2014), nous conte l’histoire de ses origines. Dans une langue originale et musicale, c’est l’histoire de Haïti, son pays, qu’elle nous fait découvrir au travers du destin de quatre femmes. C’est d’abord la plus forte de toute, Florette Dubreuil, maitresse du planteur Prosper Verdun-Dubuisson, qui lui fera un enfant, une fille, Camille, et que le planteur prendra en affection. Verdun-Dubuisson doit fuir l’île de Saint Domingue lors de la grande révolte de 1803. Les armées Napoléoniennes, menées par le général Leclerc (mari de Pauline, la sœur de Napoléon) sont ainsi défaites et l’indépendance de Haïti est proclamée en janvier 1804. Affranchies par leur maitre, Florette et Camille accompagnent Verdun-Buisson à la Nouvelle Orléans, où le planteur, sentant le vent tourner, a eu la prudence d’acquérir une plantation. Camille a deux filles; l’ainée, Elizabeth, afin de la protéger des agressions d’un ami de son père, est envoyée à Saint Domingue. Soumise à la tyrannie d’une maitresse acariâtre, elle s’enfuit et gagne sa vie et son indépendance à la force du poignet. Puis, elle rencontre l’homme de sa vie, le général Léonard Corvaseau, qui participe à la révolte contre l’empereur Faustin 1er en 1859. Ils ont une fille, Régina : ce sera la première femme de cette longue lignée à connaitre une vie libre et douce. Un roman puissant, qui vous fera découvrir la complexité d’une société secouée par une succession de révoltes et de tragédies, un long chemin vers l’émancipation d’un peuple atrocement maltraité pendant plusieurs siècles. Pierre-Pascal Bruneau Romans étrangers Les bains de Kiev, Andreï Kourkov, traduit du russe par Paul Lequesne ![]() Liana Levi Date de parution : ISBN : 9791034911332, 384 pages « À gauche, tout près, retentit la cloche d’un Tramway. Michka-Zevaka jeta un coup d’oeil autour de lui et, manœuvrant avec vivacité et adresse, fit faire demi-tour au Briska qui prit alors la direction du Podol, au rythme des sabots du cheval. Le bâtiment de l’ancienne Assemblée des marchands se rapprocha rapidement pour s’éloigner presqu’aussitôt, en même temps que l’entrée du Café Chantant. » p. 206 Kiev,1919; en juillet 1918, la famille impériale russe a été assassinée, sur les ordres de Lenine, à Ekaterinbourg. Le jeune État soviétique maintient l’ordre par la terreur dans son vaste territoire. L’Armée Rouge et la milice sont sous la surveillance constante et oppressante de la Tchéka, la police politique (elle deviendra la Guépéou puis le KKVD, ancêtres du KGB), créée, dès le mois décembre 1917, pour combattre les ennemis, réels ou présumés tels, du régime Bolchevik. Vingt-huit soldats de l’Armée Rouge ont disparu dans des conditions pour le moins étranges. Seuls, leurs uniformes contenant tous leurs effets personnels, papiers, argent etc. ont été retrouvés aux Bains de Kiev. Que sont-ils devenus ? Samson Koletchko, jeune officier de la milice, mène l’enquête et va de surprise en surprise. Il découvre assez vite que la disparition des soldats est liée à un trafic de caviar noir qu’il soupçonne être organisé par les employés des bains de Kiev. Mais voilà, l’affaire du trafic de caviar noir est suivie par la Tchéka et par non moins que son chef, le terrible Abiazov. Vous ne lâcherez pas le livre avant de connaitre la fin. Comment sont morts les soldats de l’Armée Rouge ? Quel lien entre cette affaire et les Bains de Kiev ? Quel rôle étrange les moines des grottes de Saint Théodose ont-ils joué dans cette sombre histoire ? Comment la jument L’Ablette a-t-elle aidé Samson a dénouer ce mystère ? Vous le saurez en dévorant sans attendre Les bains de Kiev ! Pierre-Pascal Bruneau Carthage, Irene Vallejo, traduction de Bernadette Engel-Roux ![]() Albin Michel Date de parution : 20 Août 2025 ISBN : 9782226498021, 288 pages « Dehors, la pluie frappe le bois. On entend clairement le brame du vent dans les pins, la rumeur des feuilles, le délicat goutte-à-goutte de l’eau sur la terre. Les pierres brillent. Je fixe l’orage des yeux et une idée étrange me traverse. Les éclairs qui déchirent le ciel resplendissent pour nous deux, évoquant, dans cette grotte, dérobée aux regards où nous nous sommes unis, la splendeur des torches pendant le rite nuptial. » p. 136 Irene Vallejo nous avait éblouis avec son remarquable essai L’Infini dans un roseau (Les Belles Lettres, 2021) ; cette fois, elle nous propose une réécriture des amours de Didon et Enée. Encore une fois, l’autrice régale le lecteur de ses connaissances mises au service de son talent de conteuse. Les faits sont bien ceux de l’Enéide : Enée et quelques compagnons, fuyant Troie en flammes, font naufrage à Carthage, un fatal amour lie le bel étranger à la reine Elissa (Didon). Mais, même si les questions soulevées ont un écho réel avec notre présent, on ne raconte pas une histoire à notre époque comme à celle d’Auguste ! Alors, Irene Vallejo, dans ce roman polyphonique, donne la parole à d’autres personnages, comme Ana, petite fille prophétesse, demi-sœur d’Elissa, ou Eros, qui s’amuse beaucoup à comprendre les humains, ou même Virgile. Cela permet de moderniser efficacement l’histoire bien connue. Ainsi, Enée, fatigué de la guerre, et Elissa s’inquiètent tous deux du statut d’exilés. Quant à Virgile, il exprime clairement son désespoir de devoir écrire sur ordre du prince… Le belle écriture d’Irene Vallejo invite à (re)découvrir cet épisode célèbre de l’Enéide. (Les latinistes retrouveront, par exemple, un des vers les plus connus…) Que vous soyez lecteurs de Virgile ou non, vous serez charmés par cette nouvelle version ! Véronique Fouminet Essais Kolkhoze, Emmanuel Carrère ![]() P.O.L. Date de parution : septembre 2025 ISBN : 9782818061985, 560 pages « Vient un moment, toujours, où on ne sait plus qui on a devant soi – et je ne le sais pas moi-même. Ou plutôt si, je le sais, je le sais très bien : je suis le visage de ma mère qui se détourne sans appel, je suis la détresse sans fond de mon père. » Kolkhoze, c’est l’histoire Hélène Zourabichvili, une jeune femme pauvre, apatride jusqu’à l’âge de 21 ans, fille d’une aristocrate germano-russe ruinée et d’un philosophe Géorgien, caractériel, qui sera assassiné en 1944. Hélène épouse, en 1952, Louis-Édouard, un jeune bourgeois. La vie de ce couple est un roman extravagant et fantasque qui va durer plus de soixante-dix années. Cette femme, c’est Hélène Carrère d’Encausse, la mère d’Emmanuel Carrère. Kolkhoze raconte donc son histoire mais aussi celle de sa famille, depuis la Russie impériale jusqu’à la guerre en Ukraine. Une des rares femmes admises parmi les Immortels, elle sera la première, et seule femme à ce jour, à avoir été secrétaire perpétuelle de l’Académie française. Kolkhoze est aussi un livre émouvant sur l’amour filial, sa force, mais aussi son poids. Un récit intime et prenant, par un écrivain au sommet de son art, et une des grandes réussites de cette rentrée littéraire 2025. Pierre-Pascal Bruneau Adieu Kolyma, Antoine Sénanque ![]() Grasset Date de parution : 27 Août 2025 ISBN : 9782246838425, 400 pages « Pour Sylla, chaque souvenir qui venait aux heures tardives était un allié. C’est dans la Kolyma qu’elle trouvait les forces dont elle avait besoin. Et ces forces devaient emprunter quelque chose aux puissances du mal, puisqu’elles ne supportaient pas la lumière du jour. » p. 76-77 Connaissez-vous la Kolyma, désert de glace au nord-est de la Russie ? Varlam Chalamov, écrivain russe, rescapé de ce goulag, en avait révélé la violence. C’est là que nous envoie le nouveau roman d’Antoine Sénanque. Au roman historique, l’auteur mêle l’intrigue policière et le lecteur le suit sur les pas de Sylla Bach, surnommée « tueuse de chiennes ». Cette femme a passé de nombreuses années dans le terrible goulag et doit sa survie au gang auquel elle appartenait, celui des frères Vadas, qui exploitaient autant les mines d’or que les êtres humains, avec le consentement tacite du régime. Le roman ne se déroule pas uniquement au camp, jouant avec la chronologie, Antoine Sénanque nous emmène dans la Hongrie de la fin des années 1950 où la révolte démocratique a été écrasée dans le sang par les chars russes. Le lecteur découvre Budapest, Magadan, Kiev, Moscou car Sylla a quitté Kolyma, mais… Kolyma est toujours en elle. Parviendra-t-elle à s’en défaire enfin ? Fidèle à sa belle plume, précise et efficace, l’auteur parvient à faire vivre une époque et sa violence avec brio. Véronique Fouminet Le crépuscule des hommes, Alfred de Montesquiou ![]() Robert Laffont, collection Pavillons Date de parution : 28 août 2025 ISBN : 9782221267660, 384 pages « Les journalistes ont remarqué les regards glacés et les bouderies entre accusés; ceux que Göring méprise et ceux qu’il salue. L’amiral Raeder bat froid l’amiral Dönitz, son ambitieux successeur à la tête de la Kriegsmarine. Albert Speer ignore Fritz Sauckel, son propre adjoint, tandis que les maréchaux feignent d’ignorer les civils et tous, autant qu’ils sont, détournent le regard pour éviter l’ignoble Streicher. Mais le pire, assure Ray, c’est encore Schacht. » p. 104 Ray D’Addario est un jeune photographe de l’armée américaine. Il a la lourde charge de faire le reportage du procès de Nuremberg. Le célèbre procès de vingt-quatre hauts responsables du III ème Reich se tient du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 dans le palais de justice de la ville de Nurember, cité chargée d’histoire et presqu’intégralement détruite par les bombardements alliés. C’est au procès de Nuremberg qu’est invoqué pour la première fois le chef d’accusation de crime contre l’humanité. Pour autant, et c’est une critique qui sera faite postérieurement par de nombreux analystes, bien qu’il ait permis de démontrer que l’un des objectifs majeurs des nazis ait été l’extermination des juifs, les accusés ne seront explicitement pas condamnés pour le génocide des juifs, c’est à dire, pour le crime qui, selon l’acceptation la plus couramment retenue du terme génocide, consiste en l’élimination intentionnelle d’un groupe national, ethnique ou religieux. Le crépuscule des hommes décrit la fièvre et l’agitation qui ont régné pendant dix mois dans le palais de justice de Nuremberg. Alfred de Montesquiou montre, avec force détails, le comportement de la foule des journalistes, écrivains, tels qu’Hemingway, Dos Passos, Kessel, de Janet Flaner, la correspondante du New Yorker à Paris, ou encore d’Erica Mann, la fille du grand écrivain allemand. Traducteurs anglais, russes, allemands, français, juges, militaires etc. s’agitent énormément et contribuent à créer une atmosphère parfois proche du cirque ou de la fête foraine. Alfred de Montesquiou montre ainsi combien, vu de près, ce procès, dont l’importance historique est sans précédent, est peu empreint de la solennité qu’il requiert. La tension est cependant palpable et les larmes sont souvent présentes sur de nombreux visages, à l’exclusion de celui des accusés. Ray, en tant que photographe officiel de l’armée, a accès à tout et notamment aux cellules des accusés. Le livre fourmille d’anecdotes, comme par exemple, la messe de Noël donnée dans une cellule où sont réunis les criminels nazis, ou encore Göring, qui domine les accusés, s’érige en chef, et la façon dont il parvient à capter l’attention des juges et des six cent personnes présentes dans la salle d’audience. Le passage le plus bouleversant est sans doute le témoignage de Marie-Claude Vaillant-Couturier. Députée communiste, grande résistante, déportée à Auschwitz en 1943 puis transférée à Ravensbrück, elle est entendue par le procureur Robert Jackson, membre de la Cour Suprême, et vient témoigner des horreurs et des exactions qu’elle a vues dans les camps. On peut regretter le style et une volonté de l’auteur de prêter aux (très) nombreux acteurs dont il parle, des paroles et un ton un peu sensationnaliste qu’ils n’ont probablement pas eus dans la réalité et qui affaiblit sans doute un peu la portée de son livre. L’ouvrage, riche et bien documenté, permet de voir ce grand procès sous un angle inhabituel et devrait intéresser tous ceux qui se passionnent pour l’histoire de la seconde guerre mondiale. Pierre-Pascal Bruneau La culture du féminicide, Ivan Jablonka ![]() Le Seuil Traverse Date de parution : 29 Août 2025 ISBN : 9782021585995, 256 pages De la pièce d’Euripide, Iphigénie à Aulis (405 av. J.-C.), au film de Visconti, Rocco et ses frères (1960), l’unité masculine se reforme sur le cadavre de la femme sacrifiée. Le corollaire de ce récit est le voyeurisme, jouissance d’assister au viol-meurtre. Cette perversion à distance, qui relie les dissections de la Renaissance, Suzanne et les vieillards, Psychose d’Hitchcock, Le Motel du voyeur de Gay Talese et l’industrie pornographique contemporaine, héroïse celui qui voit, tout en abaissant celle qui est vue. » p.209 « Féminicide » certes, le mot est nouveau mais le fait ne l’est pas. L’historien Ivan Jablonka, professeur d’histoire contemporaine à l’université Sorbonne-Paris-Nord, s’attache dans ce remarquable essai à tracer l’histoire de ce meurtre sexualisé. Et tout commence dès l’Antiquité : « de la Bible à Netflix », l’auteur – après avoir intelligemment expliqué d’où il parle – analyse à la fois le déroulement, le récit et les effets du « viol-meurtre » des femmes. Il aborde toutes les époques et tous les arts afin de montrer comment la culture du féminicide s’est développée, s’est ancrée, au point de rendre la destruction du corps des femmes acceptable. C’est à partir du premier « scénario gynocidaire » que les formes, réalistes ou symboliques, ont évolué et sont toujours présentes, voire banales, dans notre société. L’objet du livre n’est pas simplement de condamner mais bien d’exposer les rouages qui sous tendent cette culture, de rendre conscient tout un chacun de la nécessité de questionner, de rejeter ce qui semblent être de « simples » représentations. L’auteur démontre ainsi que seule l’analyse rigoureuse permet la réflexion puis l’action. Le texte, précis, efficace, agréable à lire, est enrichi d’une belle iconographie et de notes. Heureusement, Ivan Jablonka clôt son ouvrage par l’idée d’une contre culture possible, fondée sur une exigence de vérité. Une lecture utile pour mieux comprendre afin de mieux combattre. Véronique Fouminet La nuit au cœur, Nathacha Appanah ![]() Gallimard, collection Blanche Date de parution : 21 août 2025 ISBN : 9782073080028, 288 pages « J’ai souvent imaginé ce travail comme une spirale. Au centre de cette spirale, il y a Emma et Chahinez et un bout de moi-même. (…) La spirale tourne en permanence et je suis loin du centre. » Comme en écho à l’important livre, La culture du féminicide, de Ivan Jablonka, Nathacha Appanah nous livre un bouleversant témoignage. Ce témoignage, c’est l’histoire de trois femmes chacune victime de la violence d’un homme qu’elles ont aimé. L’une de ces trois victimes n’est autre que Nathacha Appanah. En 2016, dans Petit éloge des fantômes (Gallimard), elle évoque l’emprise, quand elle n’a encore qu’une vingtaine d’années, qu’exerçait sur elle un homme, de trente ans son ainé, un homme « au génie sombre et violent ». Il faut beaucoup de courage pour se mettre à nu comme elle le fait et parler ouvertement, sans ambages ni détours, d’une expérience aussi dévastatrice. Pourtant, elle parvient à se défaire de cette emprise mortifère. Les deux femmes dont elle rapporte le calvaire n’ont pas eu cette chance. Au mois de décembre 2000, à l’Île Maurice, sa jeune cousine Emma, mère de trois enfants, est percutée, volontairement, par son mari au volant de sa voiture. Blessée, il l’achève en roulant à nouveau sur elle, puis jette son corps dans un fossé. Le 4 mai 2021, Chahinez Daoud s’effondre, en plein jour, dans une rue de Mérignac, près de Bordeaux. Son mari vient de lui tirer deux balles de fusil dans les jambes. Il l’asperge d’essence. Chahinez Daoud brûle vive pour avoir voulu se séparer d’un mari, parfait aux yeux de tous, monstrueux dans l’intimité. Alors Nathacha Appanah mène l’enquête, analyse. Comment comprendre un tel désir de possession, quasi animal, une jalousie, qui aboutit inexorablement à la destruction de l’être soit disant aimé ? Est-il possible que la sidération, la honte, soient si puissantes qu’elles empêchent la victime de se défaire de l’emprise ? Un récit bouleversant pour celles et ceux qui savent aimer sans opprimer, salutaire, pour celles qui le liront et qui, peut-être trouveront le courage de dire non et de partir. Pierre-Pascal Bruneau Jeunesse Le nouvel album d’Astérix est arrivé ! Astérix en Lusitanie, textes de Fabcaro, dessins de Didier Conrad Éditions Albert René Date de parution : 23 octobre 2025 ISBN : 9782017253709, 48 pagesScoop : Astérix et Obélix sont sur les réseaux sociaux pour parler de leur nouvelle aventure ! (voir tous les échanges sur https://asterix.com/albums/les-bandes-dessinees/asterix-en-lusitanie/) ![]() Le baiser du soir, Clémentine Beauvais et Camille Romanetto (Illustrations) ![]() Sarbacane Albums Date de parution : 20 Août 2025 ISBN : 9791040806042 Proust pour les tout petits ? Oui ! C’est l’adorable douceur que vous propose Clémentine Beauvais, dont on connait le talent. L’enfant, sûrement couché de bonne heure, attend le baiser… Les magnifiques illustrations de Camille Romanetto rendent compte de l’attente, du découpage du temps. Enfin, le miracle a lieu : le baiser du soir ! Un petit bonheur pour les petits et les grands. Véronique Fouminet Bandes Dessinées Hazara Blues : Téhéran, Kaboul, Paris, Reza Sahibdad, Yann Damezin ![]() Sarbacane Albums Date de parution : 20 Août 2025 ISBN : 9782377319855 Reza Sahibdad est né en Iran en 1980, de parents immigrés hazaras afghans. Être issu de cette ethnie le condamne au mépris et à la persécution. Autant détesté en Iran qu’en Afghanistan, condamné à l’inexistence, victime des violences policières et familiales, Reza Sahibdad survit et se révèle grâce au cinéma. Il comprend que l’exil est la seule possibilité d’avenir. Arrivé en France, Reza doit tout raconter à l’enquêtrice de l’Ofpra (office français de protection des réfugiés et apatrides) pour sa demande d’asile. C’est ce récit qui est ici mis en image par Yann Damezin, qui a choisi de s’inspirer de l’iconographie persane, d’utiliser une couleur pour chaque lieu, chaque temporalité. Un récit des Mille et une Nuits ? Presque ; mais cette vie n’est pas un conte ! Un roman graphique tragique, beau et émouvant. Véronique Fouminet********************************************************************** Le Temps Retrouvé soutient Tapis Rouge Frans Filmfestival ![]() LE FESTIVAL 2025 – la 7e édition au cinéma Het KetelhuisTapis Rouge célèbre le cinéma français avec une programmation originale et variée : drames, comédies, films d’auteur etc. La programmation se veut le reflet du cinéma français, et de la francophonie, d’aujourd’hui. Regardez la bande-annonce du festival en cliquant ici ! Bande-annonce Tapis Rouge 2025 Pour voir le programme de cette 7ème édition cliquer ici : ProgrammeRESERVATIONS DES PLACES SUR LE SITE DU KETELHUIS : https://www.ketelhuis.nl/specials/tapis-rouge-frans-filmfestival/LE PRIX TAPIS ROUGE 2025 En créant, dès 2020, le Prix Tapis Rouge, Pierre-Pascal Bruneau, fondateur du festival et propriétaire de la librairie française Le Temps Retrouvé à Amsterdam, a souhaité montrer le lien étroit qui existe entre littérature et cinéma. Le Prix récompense la meilleure adaptation cinématographique d’un ouvrage en langue française. Présidé par Margot Dijkgraaf — critique littéraire, journaliste et autrice — le jury réunit réalisateurs, écrivains et journalistes français et néerlandais, parmi lesquels Chazia Mourali, figure incontournable du journalisme télévisé et radiophonique aux Pays-Bas et Takis Candilis réalisateur et grande figure de la télévision et du cinéma en France.Le Prix du Public Nouveauté ! Cette année tous les films de la sélection sont programmés et le public est invité à voter à la fin de chaque séance. Chaque film sera projeté deux fois. Le lauréat du Prix du Public sera dévoilé en même temps que le prix du jury, le dimanche 2 novembre lors de la soirée du Prix tapis Rouge. HET FESTIVAL 2025 – de 7de editie Het KetelhuisTapis Rouge viert de Franse cinema met een origineel en gevarieerd programma : drama’s, komedies, art-house films enz. Het programma wil een afspiegeling zijn van de Franse cinema, en van de francophonie, van vandaag. Bekijk de trailer van het festival door hier te klikken ! Bande-annonce Tapis Rouge 2025 Het programma van deze 7e editie klik hier : Programma RESERVEREN VAN PLAATSEN OP DE WEBSITE VAN HET KETELHUIS : https://www.ketelhuis.nl/specials/tapis-rouge-frans-filmfestival/DE PRIX TAPIS ROUGE 2025 Met de introductie van de Prix Tapis Rouge in 2020 wilde Pierre-Pascal Bruneau, oprichter van het festival en eigenaar van de Franse boekhandel Le Temps Retrouvé in Amsterdam, de nauwe band tussen literatuur en film laten zien. De prijs bekroont de beste verfilming van een werk in de Franse taal. De jury wordt voorgezeten door Margot Dijkgraaf – literair criticus, journalist en auteur – en bestaat uit Franse en Nederlandse regisseurs, schrijvers en journalisten, waaronder Chazia Mourali, een belangrijke figuur in de televisie- en radiojournalistiek in Nederland, en Takis Candilis, regisseur en beroemdheid in de Franse televisie- en filmwereld.Le Prix du PublicNieuw dit jaar: alle films uit de selectie worden vertoond en het publiek wordt uitgenodigd om aan het einde van elke vertoning te stemmen. Elke film wordt twee keer vertoond. De winnaar van de Prix du Public wordt samen met de juryprijs bekendgemaakt op zondag 2 november tijdens de rode loper-avond. |