La rentrée littéraire de septembre 2025 (Première partie)
Le 10 septembre 2025 | 0 Commentaires

Une rentrée littéraire riche, avec de grandes signatures, mais aussi des livres de jeunes autrices et auteurs. Nous avons lu, beaucoup, et choisi, pour vous, des romans et des essais que nous avons aimés.
La prochaine lettre du mois d’octobre sera également consacrée aux livres de la rentrée littéraire. Nous vous ferons aussi connaitre les premières sélections des grands prix littéraires.

Romans
La maison vide, Laurent Mauvignier

Les Éditions de minuit
Date de parution : août 2025
ISBN : 9782707356741, 752 pages

 » Cette fois elle pense qu’arrondir les angles n’a jamais fait que lui nuire, que l’effacer aux yeux des autres, la rendre servile et docile plutôt que souple et intelligente, alors elle n’arrondira pas les angles, non, elle n’arrondira rien du tout et, au lieu de ralentir le pas et de saluer Jules comme chaque jour elle avait accepté de le saluer et de l’accueillir, même avec froideur et distance – ce qui pouvait être pris pour de la pudeur ou de la timidité – elle va accélérer le pas, passer devant lui – le frôler- le toiser peut-être, ou non, même pas, l’ignorer totalement, ne pas le regarder, ne pas répondre à son sourire ou à sa voix lorsqu’il lui dira
Bonjour
ou qu’il lui demandera si elle a passé une bonne journée,
Vous avez passé- 
et elle, droite, raide, le tissu de sa robe le frôlant peut-être, elle passe devant lui et ne se détourne pas, ne répond rien et lui ne finit pas sa phrase, elle passe, la tête bien droite sur un cou planté comme un clou fiché dans une planche ;  » pp. 179-180

La maison vide est la révélation de cette rentrée littéraire 2025. Laurent Mauvignier, auteur célébré pour la qualité et la précision de son style, à partir de la simple photo jaunie d’un de ses ancêtres dont il ne sait rien ou pas grand-chose, retrace l’histoire de sa famille. L’histoire est construite au regard du destin des femmes, personnages formidables. La première, Marie-Jeanne, dite « la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser », femme forte et de caractère, prend le pouvoir de la maisonnée. Marie-Ernestine, pianiste et musicienne, ne pourra faire la carrière qu’elle souhaite. Jules, son mari, démoli dans les tranchées de la Somme en 14, mais aussi son professeur de piano, qui lui révèle ses dons, infléchiront le cours de l’histoire. Et Marguerite, enfin, dont je vous laisse découvrir le destin.
La maison vide, c’est une épopée familiale, magnifiquement et finement contée, une histoire de nos campagnes, de nos villages, histoire d’une France d’il n’y a pas si longtemps. Le récit est à la hauteur des grands romans du XIXème, comme Les Rougon-Macquart, fresque romanesque de Zola, qui dépeint la société française du Second Empire.
Mauvignier nous fait partager l’intimité de sa famille en dressant des portraits d’une grande justesse. Il évoque en premier lieu son père, dont le suicide, resté inexpliqué, est le point de départ de ses recherches. Peu à peu, le vide de cette maison de Touraine, se comble; une médaille, une commode dont le marbre est brisé, d’autres objets et les souvenirs qui s’y rapportent, lui donnent vie.
Ne vous laissez pas rebuter par la taille du livre, et faites l’effort de lire ce magnifique roman. Vous ne le regretterez pas et, il est à parier que vous aurez plaisir à revenir sur tel ou tel passage, tant les deux Marie, Jeanne et Ernestine, et Marguerite, vous resteront en mémoire.
Pierre-Pascal Bruneau

Tant mieux, Amélie Nothomb

Albin Michel
Date de sortie : 20 août 2025
ISBN : 9782226504395, 216 pages 

« Bonne-maman est incapable d’aimer rien ni personne sauf les chats. Au fond, c’est cela le pire. Si seulement elle n’avait rien aimé, j’aurais pu accepter. Mais elle aimait et aime les chats. C’est de l’amour a l’état pur. Elle se donnait en spectacle devant ses enfants pour qu’elles sachent ce dont elles ne jouiraient jamais. Tu sais comme c’est important, l’amour d’une mère. » p. 53

Amélie Nothomb a consacré deux livres à son père, le magnifique et émouvant Premier sang (Albin Michel, Prix Renaudot 2021) et l’an dernier, L’impossible retour (Albin Michel, 2024), un récit habité par le spectre de son père. Sa mère est morte au début de l’année 2024. Le lien fort qu’elle avait avec son père, érudit, remarquable linguiste, reposait sur une grande complicité intellectuelle. Le lien avec sa mère, également fort, était tout autre. 
Tant mieux est l’histoire d’Adrienne. Elle commence chez bonne-maman de Gand, sa grand-mère maternelle, chez qui elle doit passer l’été. Cette femme, qui n’est pas sans nous rappeler la grand-mère de Georges Bouillon, de Roald Dahl, est un monstre. Adrienne, qui a quatre ans, résiste et ne se laisse pas atteindre par les horribles mauvais traitements que lui inflige son aïeule. Elle supporte tout grâce à deux mots magiques : « tant mieux ». Maïzena (une cuillère en bois) et un complice, Pneu, le chat, l’aident à supporter son martyre. Les chats sont au cœur du roman, car la maman d’Adrienne, personnage extravagant, est une exterminatrice de chats. Tant mieux est une histoire de personnages féminins monstrueux. Ces monstres, nous dit Amélie Nothomb, ont existé, elle l’avoue vers la fin du livre (page 179). Son arrière-grand-mère et sa grand-mère, étaient ainsi, elle n’a rien inventé. Car Adrienne, n’est autre que sa mère : Adrienne est Madame Tant mieux. Amélie Nothomb adore sa mère d’un amour pathologique, nous dit-elle. Pourtant sa mère, souvent dure, ne lui manifeste pas l’intérêt que lui manifeste son père. Elle aurait souhaité lui ressembler au point tel d’en faire l’inspiration de nombre de personnages. Peu importe, Amélie aime sa mère d’un amour inconditionnel, pur et sans restriction : un livre hommage, riche et fascinant.
Pierre-Pascal Bruneau

Surchauffe, Nathan Devers

Albin Michel 
Date de parution : 20 août 2025
ISBN :  9782226503824, 336 pages

« Comme un Français sur deux, j’ai commencé à écrire un roman. Il s’appelait La Spirale et commençait par un aveu transparent sous couvert de fiction : « Mon métier est de gagner un salaire. Pour le reste, je n’ai toujours pas compris ce que j’apporte à la société ». p.57

Le roman s’ouvre sur le rappel de la situation inquiétante de notre planète où tout est en surchauffe, aussi bien le soleil que nos esprits. Il s’agit du prologue du récit de Jade. Jade Elmire-Fasquin, personnage-narratrice, est une jeune femme haut placée dans un puissant groupe hôtelier de luxe, Arcadie. Elle est donc riche et puissante, mais… mais son couple ne la satisfait plus, ses supérieurs sont toxiques, elle se rêvait écrivaine. Bref, le burn-out la guette ! En plein doutes et quête de sens et de soi, elle reçoit une offre extraordinaire : un magna indien souhaite acheter le groupe afin de construire un palace dans l’archipel indien d’Andaman. Bien sûr, le projet respectera l’environnement et la culture… Une île inconnue ? Chargée du dossier, elle se renseigne et découvre Les Sentinelles : une île dont les habitants refusent tout contact avec autrui et tuent quiconque tente d’y pénétrer. Fascinée, elle accepte la mission et ne rêve plus que d’entrer en contact avec cette population, loin de la surchauffe de notre monde. Elle semble alors à nouveau capable d’endurer les cruautés du monde des affaires, la superficialité et l’hypocrisie des discours. Ce ne sera pas sans désastreuses conséquences… Nathan Devers, dans un style alerte et élégant, offre un récit captivant et met la fiction au service de l’analyse de notre époque. La mise en abyme de la rédaction du roman de l’héroïne prévient le lecteur : cette île (qui existe) ne serait-elle pas un miroir de notre monde ? L’histoire de Jade ne nous montre-t-elle pas le risque de cette toute puissante folie des ultra riches ? Cette surchauffe mondiale n’est-elle pas le nouveau « mal du siècle » ?
Véronique Fouminet

Et toute la vie devant nous, Olivier Adam

Flammarion
Date de parution : 13 août 2025
ISBN : 9782080490582, 320 pages

 » Sarah
Ni toi, ni moi ni Alex ne vivions plus allée des Sycomores. Mes parents avaient fini par se séparer. Après voir été si longtemps malheureux ensemble, ils l’étaient désormais chacun de leur côté. Ma mère avait pris un F3 à Juvisy. L’hôpital n’était pas loin et elle pouvait s’y rendre à pied. Mon père, lui, vivait toujours dans la maison de mon enfance, mais parlait de déménager. » p.153

Et toute la vie devant nous, c’estquarante ans d’amitié entre trois personnages, Sarah, Paul, et Alex, racontée en une série de courts chapitres par Sarah ou par Paul, l’un s’adressant à l’autre. Tous trois habitent Allée des Sycomores, dans un lotissement de petites maisons. Ces maisons sont bien mieux que l’appartement d’une des cités de Vigneux, que Paul et ses parents quittent, mais moins bien que Le Clos Saint-Michel avec sa grande pelouse et son plan d’eau. Mais le Clos Saint Michel, comme bien d’autres choses, « c’est trop cher pour nous », comme dit le père de Paul. Le roman raconte la vie de trois familles qui habitent des maisons voisines, la vie de trois adolescent qui, pendant quarante ans, resteront intimement liés. Mariage, enfants, séparations, succès pour Paul, romancier, et galères pour Alex, peintre tourmenté à l’âme déchirée. Sarah aura une vie plus calme que celles de ses deux compères. Pendant longtemps, sa vie de famille avec Éric, mari gentil, gendre idéal, lui convient. Puis elle le quitte pour vivre avec Alex.
Le récit nous fait bien sûr penser à Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu(Actes Sud, prix Goncourt 2017), qui retrace le parcours d’adolescents qui se retrouvent d’année en année pour les vacances. Mais Et toute la vie devant nousraconte une histoire tout autreContrairement au livre de Nicolas Mathieu, aucune différence de milieu, de classe sociale, ne vient, à leur entrée dans l’âge adulte, séparer les adolescents. Ces trois enfants sont issus du même milieu de petits bourgeois de banlieue. En dépit des hasards et des heurts que la vie leur réserve, ils restent proches. Si les événements qui bouleversent leur enfance déterminent leur devenir, le récit prend véritablement corps à partir des années 2000, environ à la moitié du livre. Olivier Adam nous fait partager, ressentir, avec talent, leurs interrogations, leurs doutes, et leurs peines. Bien sûr, #metoo, inévitablement, se mêle au récit et donne de la force au personnage de Sarah. Olivier Adam nous séduit une fois de plus avec une histoire bien d’aujourd’hui, un récit cette fois probablement plus personnel que dans ses derniers livres, comme si Paul c’était un peu lui.
Pierre-Pascal Bruneau

Douce Menace, Léa Simone Allegria

Albin Michel 
Date de parution : 20 août 2025
ISBN :  9782226496317, 256 pages

« Alba a le don de dénicher des trésors, c’est son métier. (…) Mais là…Là…Quel effrayant petit bonhomme. Quel abominable tableautin. Une espèce de faune, un homme-bouc, songe Nino en s’appuyant contre les jambes d’Alba. Il la regarde, tout heureuse de sa surprise, nue devant ce monsieur qui a fait irruption au milieu de leur étreinte, puis il contemple à nouveau l’homme au teint cireux, une masse de cheveux emmêlée de lierre pourrissant–est-ce un satyre… ? Un fou ? »
–Mais enfin, c’est Bacchus. » p.22

Nino et Alba, couple illégitime, sont en escapade à Rome. Pendant que Nino l’attend fiévreusement, Alba découvre chez un antiquaire un étrange tableau, ce sera le cadeau idéal. Malheureusement, le tableau trouble les retrouvailles : son air malade, son regard torve ; ce petit Bacchus ne laisse de les observer. Faut-il le regarder de plus près ? Serait-ce un vrai Caravage ? un faux d’un artiste contemporain du célèbre peintre, dont on ne sait presque rien ? Léa Simone Allegria mêle alors les époques : Rome d’aujourd’hui et celle du XVIIème siècle. En effet, le couple, il est romancier, elle est marchande d’art, veut à tout prix résoudre l’énigme de l’origine du tableau. Là, ce sont les intrigues qui se mêlent : histoire d’amour, histoire de l’art. Le lecteur se passionne à son tour pour les intrigues et autres rebondissements qui jalonnent la vie du peintre et de ce tableau. Un roman intriguant, érudit et plaisant !
Véronique Fouminet

L’impasse des rêves, Didier van Cauwelaert


Albin Michel
Date de parution : 10 septembre 2025
ISBN : 9782226497215, 240 pages

« Il sortit de sa poche un stylo-plume, lentement, et me le tendit avec l’air de s’excuser : 
– on m’a publié très jeune moi aussi. J’aurai voulu vous épargner cela, mais tant pis… » pp. 75-76

Didier van Cauwelaert, peut-être comme Olivier Adam, nous dévoile, dans ce nouveau roman, ses débuts en littérature. Très jeune auteur, beaucoup de ses romans sont refusés. Il faut dire qu’il a écrit son premier livre à l’âge de huit ans et demi (!). À la grande inquiétude de sa mère, Didier van Cauwelaert persiste. Il n’a encore que vingt-et-un ans, lorsque son livre est finalement accepté par un grand éditeur. Didier van Cauwelaert, pour notre grand plaisir, ne résiste pas à nous faire partager les réactions de Jean-Marc Roberts, à qui la littérature doit tant. Entre autres, quand le jeune auteur arrive, à vélo, aux éditions du Seuil, les bas de son pantalon tenus par des pinces, Jean-Marc Roberts s’exclame : « – D’accord (…) il n’y a pas que le nom qui fasse champion de vélo flamand. »
Comme souvent dans ses romans, Didier van Cauwelaert imagine une situation, un concours de circonstances extraordinaire, qui va bouleverser la vie de ses héros. Ici, un éditeur retourne à l’auteur, par mégarde, le roman d’une jeune autrice. Notre héros lit le roman, qui a pour titre « Je te tuerai dimanche prochain », et tombe amoureux de Zoé son héroïne. Il entreprend alors de rapporter lui même le manuscrit à l’adresse indiquée sur l’enveloppe et découvre que Zoé n’est autre qu’Anaïs, l’autrice, et que le roman est l’histoire de sa vie.
Rebondissements, secrets, meurtre, personnages hauts en couleurs, comme la belle-mère d’Anaïs, justement surnommée La Hyène, le roman est réjouissant et loufoque. Il se lit d’une traite et vous distraira des tracas et soucis de la rentrée.
Pierre-Pascal Bruneau

Le livre de Kells, Sorj Chalandon

Grasset 
Date de parution : 13 août 2025
ISBN : 9782246843214

« Si les journalistes, les officiels, les ministres, les policiers, les kiosquiers et une bonne partie de la France ne voulaient pas de « ça » chez eux, c’était bon signe. Cela voulait dire que comme La Cause du peupleLibération dérangeait. Et que rejoindre ce journal pouvait être une façon de continuer le combat. Tant pis si je devais passer des poings dans la gueule aux points d’exclamation, ça valait quand même la peine d’essayer. » p. 357

Avec Le livre de Kells, Sorj Chalandon, dont on connait le talent de conteur, se révèle. Ce n’est pas la première fois que l’auteur raconte, en partie, sa propre vie, mais, cette fois, il nous apprend comment, gamin terrorisé par son père, il a quitté ses parents pour vivre enfin. Nous sommes en 1970. Ce ne sera pas le Népal, dont il rêvait, mais Paris. Le lecteur est aussitôt touché par cet adolescent confronté aux violences et difficultés de la rue. Nous le suivons tout une année au grès des rencontres, plus ou moins heureuses. Puis, c’est la rencontre qui change une vie : un groupe de militants, des « Maos ». Il rejoint le groupe, qui lui procure un toit, la possibilité de manger à sa faim, des missions. Son aversion pour les idées de son père trouve une réponse dans cet engagement, très à gauche. Instruit et embrigadé, il participe autant aux missions sociales qu’à la lutte armée ; car cette époque est violente. La mort brutale d’un militant, Pierre Overney, produit une onde de choc qui conduit à la dissolution du groupe, La Gauche Prolétarienne, mais aussi aux questionnements. Ce qui est remarquable est la grande humanité qui se dégage de se « roman » autobiographique : Chalandon cherche toujours l’humanité, la clarté, la solidarité chez ceux qu’il rencontre. Il semble, malgré tout, toujours garder espoir en l’être humain, à la manière de l’Evangéliaire irlandais du IXème siècle dont il reprend le nom. L’auteur, honnête et lucide, rend ici un bel hommage à ceux qui lui ont tendu la main, mais aussi à tous ces jeunes gens qui ont cru aux idéaux, à l’engagement, à un avenir meilleur et ont osé agir. Un roman touchant, efficace, authentique qui trouve d’étonnants échos dans notre époque, non moins violente.
Véronique Fouminet

La forêt de flammes et d’ombres, Akira Mizubayashi

Gallimard, Collection Blanche
Date de parution : 14 août 2025
ISBN : 9782073119223, 288 pages
 » … Il y a du rouge, du noir, du marron, du jaune, du gris. » p.13 Incipit

Ikira Mizubayashi écrit en français. La langue est belle, simple et précise, comme un paysage d’Hokusai ou de Kawase Hasui. L’auteur de L’âme brisée (Gallimard, 2019, Prix des Libraires 2020) et de Langue venue d’ailleurs (Gallimard, 2011, Prix du rayonnement de la langue et de la littératures françaises 2011).
Trois jeunes gens se rencontrent à Tokyo, en décembre 1944. Le japon n’est pas encore vaincu. Une belle et profonde amitié nait entre Ren, tout jeune peintre, étudiant aux beaux-arts, Youki, qui étudie aussi la peinture, et Bin, violoniste à l’École de Musique de Tokyo. Tous trois se rencontrent à la poste où ils travaillent pour se faire un peu d’argent. Un amour nait entre Ren et Youki, mais, en mai 1945, Ren doit rejoindre l’armée et part se battre en Mandchourie. Il en revient le corps détruit. Atrocement mutilé, il doit apprendre à peindre sans ses mains. Sa passion pour le dessin, la peinture et l’amour de Yuki, lui permettent de surmonter ses souffrances, physiques et psychiques. Le roman est divisé en chapitres, selon les mouvements d’une sonate classique, suivi d’un quatuor. Il est construit autour du journal de Bin, des cahiers de Ren et des chroniques de Youki. Les écrits intimes des trois personnages se croisent et s’entremêlent pour tisser un récit émouvant et sensible. Les grands thèmes chers à Mizubayashi sont présents : la folie meurtrière des hommes, nourrie de nationalisme et d’orgueil, l’amitié, la musique et l’art, l’amour rédempteur : un magnifique et touchant roman, plein de sagesse.
Pierre-Pascal Bruneau

Haute-Folie, Antoine Wauters

Gallimard Collection Blanche
Date de parution : 21 août 2025
ISBN : 9782073101556, 176 pages

« La lâcheté, c’est faire ce que les autres attendent de nous et nous en tenir à ça. (…) Le courage, à l’inverse, c’est d’aller dans le dur de soi. Dans sa peine et sa joie. Entendre ce qu’il y a en nous et le suivre quel qu’en soit le prix. » p. 71

Le roman s’ouvre sur un prologue, écrit à la première personne, qui déclare la nécessité de révéler la vérité familiale. Le lecteur découvre alors Blanche et Gaspard, le soir-même où leur ferme est dévastée par un incendie. Ou plutôt, le soir-même où nait Josef, leur premier enfant. Ensuite, s’abat sur le couple une suite de malheurs, engendrant désastres et coup de folie meurtrière… Josef est donc élevé par son oncle et sa tante ; il semble tout d’abord heureux dans cette vie de fermier. Mais, c’est sans compter sur le destin et, pire encore, la guerre. L’esprit de Josef s’accommode difficilement de la réalité, il s’épanche dans des carnets qu’il cache soigneusement. Seule la marche, effrénée et solitaire, semble apaiser son âme, malgré les bonheurs que lui offre la vie. Puis, un jour, la révélation : Anna, sa tante, accepte enfin de lui parler de ses parents, de sa sœur… Encore un coup à l’âme ! Trouvera-t-il la paix en retournant sur le lieu de sa naissance ? Qui est le mystérieux narrateur du prologue ?
Un joli conte qui interroge le rôle des origines, le danger des secrets et la difficulté de trouver sa place en ce monde.
Véronique Fouminet

ZEM, Laurent Gaudé

Actes Sud
Date de parution : 20 août 2025
ISBN : 9782330140946, 288 pages

 » ‘ On va parler sérieusement, Rahm.’
En prononçant cette phrase, il s’est approché de son interlocuteur et attrapé de sa main droite le revers de sa veste.
‘ La seule question que je pose aujourd’hui à ton propos c’est : est-ce que tu es impliqué dans les mort du D793 ou est-ce que tu es juste incompétent ?’  » p. 107

Zem Sparak, le “chien” au matricule 51, est de retour. Dans Chien 51 (Actes Sud, 2022, Prix des Écrivains du Sud 2022 et Prix Imaginales des bibliothécaires 2023), nous sommes en 2045. Zem, policier sans illusion, opère dans la Zone 3 de Magnapole. Chaque zone de la ville est gérée par un puissant système d’intelligence artificielle. Sous une chaleur écrasante, Zem patrouille dans ces quartiers bidon-villes. Pour échapper à ce monde sans âme, Zem regarde en boucle des films sur le monde « d’avant ». Il rêve de retrouver la Grèce qu’il a connue, pays aujourd’hui détruit et asservi par GoldTex, un puissant consortium.
Zem, second volet de cette dystopie, a pour thème résistance et rébellion. Zem n’est plus policier. Il est chargé de la protection personnelle de Barsok, l’homme fort de Magnapole. Lors d’une inspection de containers délivrés par un bateau au port, cinq cadavres, atrocement mutilés, sont découverts. De qui s’agit-il ? De quel pays viennent-ils ? Pourquoi ces blessures, sans aucun doute infligées par la torture ?
Les dômes climatiques, les chasseurs d’icebergs, les crabes bleus et l’ensemencement des nuages, mais aussi ces consortium, financiers ou commerciaux qui dominent le monde, ne relèvent pas de la fiction et sont bien réels. Chien 51 et Zem nous montrent à quel point ce monde dystopique, pour une part importante, existe déjà. Mais, nous dit Laurent Gaudé, tout n’est pas perdu, car il y a des humains, des hommes et des femmes, qui refusent ce monde consumériste et ultra normé, des humains qui sont prêts à entrer en résistance.
Pierre-Pascal Bruneau

L’Oreille absolue, Agnès Desarthe

Éditions de l’Olivier
Date de parution : 22 août 2025
ISBN : 9782823621662, 144 pages

« L’enfant enlève la corde qu’il avait autour du cou et la laisse tomber sur le sol. Sa chute produit un bruit sourd et compact. Sol dièse, fait la corde en tombant, mais aussi serpent tombé d’une branche dans son sommeil. Serpent venimeux, assommé parmi les brins de paille. » p. 34

Le conseil municipal d’un petit bourg se réunit peu de temps avant Noël ; le constat est clair : il n’y a plus de place au cimetière, personne ne doit donc mourir ! Se succèdent alors de courts chapitres qui mettent en scène, chacun, un drame évité de justesse par l’un des personnages de ce bourg. Quel est donc le lien de ces histoires ? La musique ! En effet, le moment tant attendu de cette fin d’année est le concert de l’harmonie municipale. Tout dans ce récit renvoie à la musique, même sa structure. Les personnages apparemment secondaires deviennent, d’un chapitre à l’autre, principaux ; les voilà solistes avant de rejoindre l’orchestre. Certains ont même leur motif, répété à chaque apparition. Le début de journée aussi, tel une variation d’un rondeau est une reprise. Agnès Desarthe a le talent de décrire les petits faits du quotidien en les entourant de poésie et de douceur et ces petits faits deviennent des révélations, des rencontres, de grands malheurs ou de vrais bonheurs. Le lecteur est touché par les amours, les amitiés, les rêves, les drames, le deuil, la solitude de ces personnages. Reste un personnage énigmatique : une petite fille qui sait tout de chacun et qui, devenue adulte, veut absolument être là ce soir-là…
Un beau récit, à la fois sobre et poétique, qui célèbre autant des destins profondément humains que le pouvoir de la musique.
Véronique Fouminet

Entre toutes, Franck Bouysse

Albin Michel
Date de parution : 20 août 2025
ISBN : 9782226465740, 288 pages

« Pour quelque temps encore, les paysans étaient intimement connectés à leur environnement, dont la préservation était gage de survie. Leur existence était rythmée par le travail, entrecoupé de plaisirs simples, dont la rareté faisait le sel. Il y avait les longues veillées, chez les uns et les autres. À la mauvaise saison, elles se déroulaient au coin du feu, et, à la bonne dans la basse-cour, sur un banc ou sur une marche d’escalier. » p.56

Franck Bouysse est plus qu’un écrivain régional. Certes, ses livres racontent des histoires qui se déroulent dans le Sud-Ouest de la France où il est né, en Corrèze, mais ses récits vont au de-là de simples contes régionaux. Né d’aucune femme  (La manufacture de livres, 2019) était plus qu’un roman sur une fille de la campagne engrossée par un hobereau. Roman fracassant sur la féminité, l’emprise et le patriarcat, il a sonné comme un coup de tonnerre lors de la rentrée littéraire de 2019, révélant un grand romancier à la prose puissante. Avec Entre toutes, Frank Bouyssecontinue de creuser son sillon. Il nous parle cette fois de Marie, sa grand-mère, née en 1912 dans une ferme de Corrèze, une ferme que jamais elle ne quittera. Récit de l’intime, l’histoire est pourtant universelle et pourrait se dérouler partout ailleurs en France ou dans d’autres pays. Des gens durs à la tâche, simples et vrais. Ce que nous dit Franck Bouysse est que la France d’en bas, comme disait un premier ministre, pense juste et bien, et il serait peut-être utile, et ce sans folklore ni démagogie, que nos politiques s’en inspirent.
Pierre-Pascal Bruneau

Essais
Autoportrait à l’encre noire, Lydie Salvayre

Robert Laffont Pavillons
Date de parution : 4 septembre 2025  
ISBN : 9782221279052

« Je veux exister, verbe dont j’ai appris qu’il signifiait étymologiquement sortir de.
De la maison familiale, j’emporte les maigres possessions dont je suis détentrice et qui tiennent dans une petite valise : un exemplaire à couverture brune des œuvres complètes de García Lorca, quelques vêtements bon marché et mes grandes espérances. » p.40

Lydie Salvayre a accepté une commande de son éditeur : rédiger son autoportrait. Voilà qui est étonnant, quand on sait qu’elle a déjà exposé son enfance, qu’elle se récrit contre la surexposition des « je » et des « moi » dans notre époque narcissique. Cela semble l’étonner elle-même ! Alors, ce n’est pas une autobiographie qu’elle nous livre, non, c’est plutôt un journal d’écriture : elle raconte qu’elle écrit son autoportrait et, le fait, du même coup, par petites touches plus ou moins développées. Le lecteur a donc un aperçu de tout ce qui est attendu : l’enfance, les parents, la découverte de la lecture, les premières années en tant que psychiatre, l’importance de l’écriture, le petit monde littéraire, le choc provoqué par un cancer. Certes, mais, ce qui compte est sans doute la voix de Lydie Salvayre, qui répète qu’elle écrit parce qu’elle ne sait pas parler ; une voix qui ose la colère et l’amour, la finesse et la truculence, empreinte de culture classique et populaire. L’autrice nous raconte donc qu’elle écrit, se souvient et écrit et se décourage parfois. Surgit alors sa voisine et amie, Albane, qui ne jure que par la « new romance » et se donne le rôle de conseillère en succès… Evidemment, les deux points de vue resteront irréconciliables ! Le texte que le lecteur découvre est vif, intelligent, lucide, touchant, plein d’humour et d’autodérision… il contient toute la fougue que l’on aime chez cette écrivaine, bien plus jeune que ne le dit son âge.
Un véritable hymne à la littérature.
Véronique Fouminet

In violentia veritas, Catherine Girard

Grasset
Date de parution : 20 août 2025
ISBN : 9782246843139, 352 pages

 » Il se laisse cueillir par le malheur : les enfants ont l’habitude d’obéir à plus fort qu’eux. Le malheur entre en eux sans crier gare, il les prend tout entiers, pour faire en profondeur, à l’intérieur, son travail de sape.  » p.57

Catherine Girard n’a pas lu, dit-elle, La serpe, (Juillard, 2017, Prix Femina 2017), l’excellent livre de Philippe Jaenada. Dansce livre, l’auteur, selon son habitude, mène une enquête minutieuse, épluchant tout ce qui concerne, de près ou de loin, le triple meurtre survenu au château d’Escoire, une demeure glacée en Périgord, dans la nuit du 24 octobre 1941. Il conclut alors à la probable innocence d’Henri Girard.
Mais voilà que sa fille, Catherine Girard, révèle que son père, l’auteur de romans célébrés, écrits sous le nom de Georges Arnaud, lui a avoué, lorsqu’elle avait quatorze ans, qu’il était le meurtrier. Henri, à coups de serpe, aurait donc bien assassiné son père Georges, sa tante Amélie et Louise, la bonne.
La violence, verbale, extrême, et physique, est un trait de caractère commun à certains membres de la famille Girard. Aristocrates d’une longue lignée, ils vivent bien, grâce à la fortune familiale : château dans le Périgord, hôtel particulier rue du Cherche-Midi, voyages, la famille mène grand train. Georges Girard, chartiste, historien et écrivain, est l’auteur de plusieurs livres et biographies dont certains font, encore aujourd’hui, référence.
Dans les grandes familles de l’aristocratie du faubourg Saint Germain, il est souvent d’usage de porter un surnom (Babal, pour le comte de Bréauté ou bien Cancan, pour le Marquis de Cambremer, dans la Recherche). Ces surnoms, volontairement ridicules, sont des sobriquets qui répondent avant tout à des impératifs sociaux et non à une marque d’affection. Henri, lui, porte le surnom de Riri. Selon sa fille, et aussi selon les articles de presse de l’époque, Riri est grand, mais sans grande force. Il sera réformé pour insuffisance musculaire. Brillant et doté d’une belle intelligence, il est froid; son arrogance dissimulant sans doute une trop grande sensibilité. Il ne fait pas grand chose, si ce n’est dépenser l’argent de la famille. Enfance et jeunesse dorées, certes, mais ambiance délétère. Il perd sa mère Valentine alors qu’il n’est encore qu’un enfant. Son père, avec l’assentiment muet d’Amélie, sa sœur, qui tente de combler le vide laissé par la disparition de Valentine, est d’une violence inouïe à l’égard de son fils, alternant claques et coups avec repentirs et immenses élans d’affection.
Le propos de Catherine Girard est de démontrer que son père, après avoir courbé la tête pendant des années, n’a eu d’autre choix, pour se libérer d’une emprise devenue insupportable, que d’assassiner son père et sa tante (Louise serait un dommage collatéral).
La prose de Catherine Girard est empreinte de violence et de tension, comme si elle même avait reçu en héritage une partie du tempérament excessif de ses aïeux . Un livre troublant, qui ne laisse pas indifférent, une plongée dans un monde, un milieu, d’un autre temps. Le livre récent de Thibault de Montaigu (Cœur, Albin Michel,2024) montre, que par certains côtés, ce monde, avec ses codes et ses usages, existe encore.
Pierre-Pascal Bruneau

Yourcenar avant les autres, Laure de Chantal

Stock La Bleue
Date de parution : 3 septembre 2025
ISBN : 9782234096837, 304 pages

« Toi, tu as réussi le tour de force d’être une femme libre, ce dont très peu d’individus, qu’ils portent deux gamètes X ou un seul, peuvent de targuer. Cette victoire a une origine, tu le dis clairement dans Archives du Nord, à propos de la petite fille qui a été toi : « Elle ne sera guère entravée, comme tant de femmes le sont encore de nos jours, par sa condition de femme, peut-être parce que l’idée ne lui est pas venue qu’elle dût en être entravée. » » p. 258

Laure de Chantal nous avait déjà régalés de sa culture antique, cette fois, elle nous parle littérature et nous permet de (re)découvrir Marguerite Yourcenar. Plus qu’une étude ou une biographie, l’autrice nous propose une suite de lettres, adressées à l’Académicienne. Le lecteur découvre alors un beau compagnonnage, commencé dès l’enfance. Loin de l’image figée de la grande helléniste, première femme entrée à l’Académie, un peu oubliée, Laure de Chantal permet au lecteur de rencontrer une femme libre, complexe et terriblement moderne ! Au fil des lettres, l’autrice propose une lecture fine à la fois des œuvres et de la vie de Yourcenar. Du Nord au Maine, aux Etats-Unis, en passant par Paris, nous découvrons une femme engagée pour l’écologie, la cause animale, les minorités (avant les autres !) qui, sans cesse affirma un réel humanisme et une farouche liberté. Chacune des lettres envisage un thème particulier, révèle de précieuses et précises informations et, surtout, donne l’impression au lecteur d’assister à une belle conversation entre amies qui ne peut le conduire qu’à (re)lire les œuvres de Marguerite Yourcenar.
Véronique Fouminet

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Les signatures du Temps Retrouvé
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Sandra de Viviès

Samedi 13 septembre 2025


Photographie © Wiktoria Bosc 
Librairie Le Temps Retrouvé
Keizersgracht 529, Amsterdam 1017DP


Sandra de Viviès dédicacera son livre de 16 heures à 17:30.

Présentation : de 17:45 à 18:45 Sandra de Viviès évoquera le processus de rédaction de son texte, les images qui sous-tendent son écriture, ainsi que les interrogations qui tout au long de l’écriture se sont posées à l’autrice.

ATTENTION, pour la présentation, réservations obligatoires sur , prix de la place 5,00€.
Pour réserver cliquer : EVENTBRITE RÉSERVATION
 

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Le Temps Retrouvé soutient Tapis Rouge Frans Filmfestival
 


LE FESTIVAL 2025 – la 7e édition au cinéma Het Ketelhuis

Tapis Rouge célèbre le cinéma français avec une programmation originale et variée : drames, comédies, films d’auteur etc. La programmation se veut le reflet du cinéma français et de la francophonie d’aujourd’hui.

Le programme de cette 7ème édition sera bientôt annoncé sur notre site https://tapisrougefransfilmfestival.nl/fr/
 

LE PRIX TAPIS ROUGE 2025

En créant, dès 2020, le Prix Tapis Rouge, Pierre-Pascal Bruneau, fondateur du festival et propriétaire de la librairie française Le Temps Retrouvé à Amsterdam, a souhaité montrer le lien étroit qui existe entre littérature et cinéma. Le Prix récompense la meilleure adaptation cinématographique d’un ouvrage en langue française. Présidé par Margot Dijkgraaf — critique littéraire, journaliste et autrice — le jury réunit réalisateurs, écrivains et journalistes français et néerlandais, parmi lesquels Chazia Mourali, figure incontournable du journalisme télévisé et radiophonique aux Pays-Bas et Takis Candilis réalisateur et grande figure de la télévision et du cinéma en France.
 

HET FESTIVAL 2025 – de 7de editie Het Ketelhuis

Tapis Rouge viert de Franse cinema met een origineel en gevarieerd programma : drama’s, komedies, art-house films enz. Het programma wil een afspiegeling zijn van de Franse cinema en de Franstalige cinema van vandaag.


Het programma van deze 7e editie wordt binnenkort op onze website bekendgemaakt https://tapisrougefransfilmfestival.nl/nl/
 

DE PRIX TAPIS ROUGE 2025

Met de introductie van de Prix Tapis Rouge in 2020 wilde Pierre-Pascal Bruneau, oprichter van het festival en eigenaar van de Franse boekhandel Le Temps Retrouvé in Amsterdam, de nauwe band tussen literatuur en film laten zien. De prijs bekroont de beste verfilming van een werk in de Franse taal. De jury wordt voorgezeten door Margot Dijkgraaf – literair criticus, journalist en auteur – en bestaat uit Franse en Nederlandse regisseurs, schrijvers en journalisten, waaronder Chazia Mourali, een belangrijke figuur in de televisie- en radiojournalistiek in Nederland, en Takis Candilis, regisseur en beroemdheid in de Franse televisie- en filmwereld.